Réponse des candidats de Lutte Ouvrières aux questions de la Libre Pensée 72

Publié le 13 Juin 2012

Nous avons reçu une réponse des candidats Lutte Ouvrière de la Sarthe. Voici leur réponse :

 

 

 

Le 7 juin 2012

Madame, Monsieur,

 

            En tant que communiste, je suis athée et je considère que la religion est une affaire privée.

Pour moi, la laïcité de l'Etat actuel n'est qu'un vague compromis avec l'église catholique élaboré en 1905.

            Cette loi est tellement un texte de compromis qu'il faut rappeler qu'après 1918, l'Etat n'a jamais eu le courage de l'appliquer à l'Alsace Lorraine, ce qui serait quand même un minimum plus d’un siècle plus tard ! Depuis, aucun gouvernement de gauche n’a eu le courage politique de mettre fin à ce particularisme d’un autre âge.

            Je trouve particulièrement choquant que l'Etat entretienne financièrement les différentes églises sur l'argent de la collectivité, qu'il s'agisse des salaires des ministres du culte en Alsace-Lorraine ou, plus généralement, de subventions accordées aux écoles confessionnelles. Le gouvernement Sarkozy  a supprimé des dizaines de milliers de postes d’enseignants, mais aucun poste de curé, rabbin ou pasteur n’a été mis en cause. Ils sont toujours payés par les impôts de tous, y compris des athées.

            Une véritable laïcité imposerait d'arrêter toute forme de subvention à l'enseignement religieux. L'argent public doit aller aux services publics !

            Par ailleurs, ce n’est pas tant le droit d’expression des élèves qui est, comme vous le dites « à la source de tous les problèmes de présence de signes religieux à l’école » mais bien plutôt la place réservée aux religions dans la société actuelle. Depuis 1905, les reculs sur la question de la laïcité n'ont pas cessé, en particulier pour l'enseignement. Et aujourd'hui la politique qui vise à collaborer plus avec les représentants des religions juives et musulmanes en France peut certes paraître comme un progrès vers plus d'égalité, mais cela représente en fait un nouveau recul de la laïcité.

            La laïcité pour moi, c'est le rejet total de la religion dans la sphère privée et la mise en place d'un véritable principe d'égalité de traitement (de non traitement devrait-on dire) de toutes les religions, ce qui permettrait enfin de pouvoir dire qu'on vit dans une société qui ne privilégie pas une religion face aux autres. Cela signifierait débarrasser l'organisation de la société des scories du catholicisme pour ce qui est de la France par exemple (dans les cantines scolaires on continue à servir exclusivement du poisson le vendredi, dans les écoles publiques les fêtes religieuses catholiques sont encore des jours fériés, etc.).

            Cela reviendrait à débarrasser aussi les débats scientifiques du poids du lobby catholique, alors que les incroyants ne sont ni représentés, ni consultés dans les débats de société ou d'éthique. En revanche, la loi permet encore à des médecins d'évoquer la fameuse clause de conscience pour refuser de pratiquer des IVG, c'est-à-dire de se placer au-dessus des lois et refuser leur liberté aux femmes.

            Plus les religions reprennent de poids moral et politique et plus les divisions entre les communautés s'accentuent. Le principe de l'égalité, du respect de tous passe véritablement par le rejet des dominations religieuses et des divisions qu'elles induisent.

            Quant aux lois sur la bioéthique, le maintien de la quasi-totalité des interdits montre que les gouvernements restent sensibles aux pressions de ce que la société compte de plus réactionnaire, à commencer par l'Église catholique. À l'heure où la science permet des progrès considérables, il est inadmissible que des législations soient rédigées sous l'influence de forces rétrogrades d'un autre âge.

            Pour répondre à votre question sur la question d’une loi sur le droit de mourir dans la dignité, bien sûr, je suis pour le droit de mourir dans la dignité et la loi Léonetti, en légalisant l’euthanasie passive, a marqué un certain progrès et levé une partie de l’hypocrisie qui régnait en la matière.

            Mais cette loi  est loin de régler toutes les situations  et je pense que c’est en grande partie parce que les moyens manquent pour l’hôpital, notamment que les personnels hospitaliers ne sont pas assez nombreux, débordés et souvent dans l’impossibilité de prendre le temps de soulager ne serait-ce que la douleur morale des mourants.

            D’une manière générale ou plutôt abstraite je suis aussi pour qu’il soit permis à chacun de pouvoir s’appuyer sur « une aide active à mourir lorsqu’il juge que sa propre vie n’est plus que de la

survie douloureuse. »  

            Mais nous ne vivons pas dans une société abstraite et l’organisation sociale actuelle -que je combats et dont je souhaite une transformation profonde- est trop dominée par l’argent, par la loi de la jungle, par l’égoïsme et le chacun pour soi, pour que je puisse penser qu’une loi légalisant l’euthanasie active et le suicide assisté pourrait résoudre le problème d’une manière totalement humaine et libérée de toute considération d’intérêt particulier.

            « Mourir dans la dignité » présuppose qu’on ait les moyens de cette dignité. Et quand on voit aujourd’hui la dégradation des hôpitaux publics, les services fermés, le manque de personnels et de moyens de toutes sortes, la dignité ne peut y être assurée pour tous. La dignité est bien plus accessible à ceux qui ont les moyens financiers d’accéder à un environnement et des soins de qualité.

            Pas plus que nous le sommes devant la maladie nous ne sommes égaux devant les conditions de la fin de vie. Et je doute fort qu’une loi puisse être mise en pratique si nous ne changeons pas fondamentalement cette société. Et c’est le sens de mon combat.

         Enfin, nous avons régulièrement écrit dans notre presse sur les « fusillés pour l’exemple » de la guerre 14-18 pour rappeler que dès 1914, l'état-major décide, avec l'aval des hommes du gouvernement, de répondre à l'effroi du combattant par une terreur plus grande encore, instaurant des cours martiales qui condamnent à mort des dizaines d'hommes.

Fin 1915 et pendant toute l'année 1916, la machine militaire poursuit son travail de répression contre les désertions qui se multiplient. En 1917, des dizaines de milliers de soldats refusent de monter au front, notamment près du Chemin des Dames, certains aux cris d'« À bas la guerre » ou « Vive la révolution ».

A la fin de la guerre, 2 400 soldats français furent condamnés à mort dont plus de 600 passés par les armes « pour l'exemple » sur ordre d'officiers français.

Des généraux comme Joffre, Nivelle ou Pétain et leurs sous-fifres ont accompli leur tâche de fusilleurs au service de la guerre impérialiste, avec la complicité des dirigeants politiques de l’ « Union Sacrée », cela, nous le dénonçons.

         Mais nous ne pourrions pas demander à ceux-là même qui aujourd’hui, depuis l’Assemblée ou le Sénat votent les crédits de guerre en Libye, en Afghanistan, ou en Côte d’Ivoire de « réhabiliter » ces soldats fusillés par L’Etat bourgeois. Ces « fusillés pour l’exemple » font partie à jamais de l’histoire des combattants contre l’ordre impérialiste.

 

Avec mes salutations communistes et athées,

Au nom des cinq candidats Lutte Ouvrière de la Sarthe

(Thierry NOUCHY, Yves CHEERE, Thomas HUBERT, Karine FOUQUET, Sylvie MAILLET)

 

Thierry NOUCHY

Rédigé par Libre Pensée 72

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