Publié le 28 Février 2015

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #Revolution Française

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Publié le 16 Février 2015

Pour alimenter la réflexion de tous, nous vous proposons un article de notre camarade et ami ; Jean Marc Schiappa.

Article à paraitre dans le prochain Bulletin de la Libre Pensée de paris
"" Charlie or not Charlie, that is not the question.

Apprendre en direct l’assassinat de dessinateurs est un choc que des millions de gens ont partagé. Devoir admettre, par exemple, que Cabu « le grand Duduche » de nos années de lycée, est mort assassiné est cruel. Des jours de folie et de consternation. Une émotion légitime.
Nous ne savons pas les tenants et les aboutissants de ces crimes, de tous ces crimes de ces quelques jours. Et ce n’est pas la confirmation a posteriori de la revendication de l’assassinat par un groupe à l’étranger qui nous fera changer d’avis. Dans ces hypothèses, tout est possible, même le plus ignoble.
Ce sur quoi nous voulons insister est sur ce qui s’est passé après, The day after comme disent les Américains, en sachant que je n’épuiserai pas le sujet.
On dit que la liberté d’expression ne se partage pas, que le droit à la caricature est indispensable, etc, etc. Toutes choses auxquelles nous souscrivons mais alors pourquoi quand un journal marocain publie une caricature de Hollande en nazi, les officiels français s’insurgent-ils ? N’y a-t-il pas deux poids et deux mesures ?
Dans les rassemblements, on trouvait, incontestablement, une écrasante majorité de gens indignés et émus (car une manœuvre politique d’ampleur n’est possible que sur la base d’un sentiment de masse qu’il faut utiliser et dévoyer). Mais il n’y avait pas que cela, loin s’en faut. Dans cette grande marche républicaine et œcuménique, majestueuse et pacifique, sur laquelle soufflait l’Esprit (saint ?) du 11 janvier, qui tenait à la fois de la descente des Champs-Elysées par de Gaulle en 1944, de la ruée sur les grands magasins à l’ouverture des soldes et du carnaval de Dunkerque, on a vu des drôles de choses. Des policiers applaudis un peu comme on applaudissait les paras sur le Forum à Alger en mai 58. On a vu dans ce rassemblement du peuple français (en général, c’est la terminologie qu’utilise la petite-bourgeoisie quand elle se retrouve), des drapeaux israéliens. S’il y avait eu des drapeaux palestiniens ou algériens, on aurait crié au communautarisme. N’y a-t-il pas deux poids et deux mesures ?
On a vu, au premier rang, outre le pathétique Sarkozy, tout ce que l’Univers compte de corrompus, de tortionnaires, de censeurs, ceux qui bombardent le Mali avec ceux qui censurent en Turquie, les néo-nazis ukrainiens et les dictateurs africains. Le ministre américain de la Justice (ne pas dire le ministre de « la justice américaine », cela n’existe pas) n’est venu que le matin, il devait certainement établir les nouvelles statistiques d’enfants noirs tués par ses services. Ce même monde de dirigeants, manifestant sous la banderole invisible « au rendez-vous des assassins », s’est retrouvé aux obsèques du Roi d’Arabie saoudite, le grand démocrate qui fait fouetter en public les blogueurs (au nom de la liberté d’expression sans doute) et qui finance les réseaux terroristes (cela est devenu un secret de polichinelle). A propos de terroristes et de Daech, il y a un tout petit problème (ou quelques-uns, ne chicanons pas) : après avoir été créé par les services américains au moment où la chute du « dictateur sanglant » El-Assad (faut-il republier les discours de Fabius et de BHL, dans son rôle habituel de chien de cirque bien dressé et bien pomponné ?) était indispensable et après que l’impérialisme changea de stratégie, la créature échappa à son créateur. Du Golem à Frankestein, la chanson est connue. Et Daech sème la terreur, la mort et la destruction (détruisant des pièces historiques et archéologiques rares, dans la lignée de ce que fit l’armée américaine en Irak) mais Daech vend du pétrole. Enormément de pétrole. Que Daech vende du pétrole est dans sa logique (il faut financer une guerre), le problème est de savoir qui achète du pétrole à Daech ?
En France, pays des droits de l’homme, la police interroge des enfants de moins de dix ans ; l’administration suspend des enseignants, au mépris de tout règlement. Ce sont les enfants et les enseignants qui sont la matrice du terrorisme, c’est bien connu. Mais, les terroristes, les vrais, on apprend après (toujours « après ») qu’ils étaient connus et surveillés. Merah, les frères Kouafi, Coulibaly (de Paris), Coulibaly (de Nice). Tous connus et surveillés mais tous passant à travers les mailles du filet. Comme dans toute tragédie shakespearienne, le grotesque n’est pas loin : un type attaque avec un couteau trois militaires armés et ce sont deux employés du tramway, si j’en crois la presse, qui le maitrisent. Nous sommes protégés, vous dis-je. Ou peut-être faut-il habituer la population à la présence de soldats en armes, en tenue camouflée (dans les rues de Paris, c’est d’un utile !) ?
On somme tout musulman (à quoi le reconnait-on ? je suggère qu’ils portent un signe distinctif comme, je ne sais pas, disons, un losange vert) de désavouer les attentats. Tous coupables. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. Tous les musulmans sont identiques, interchangeables (on a du mal à les reconnaitre, peut-être ?), chiite, sunnite, pratiquant ou non le ramadan, du Maroc ou de Barbès, Bourguiba le musulman, Nasser le musulman, et tant d’autres qui ont fait avancer la laïcité et le droit des femmes dans leurs pays, Ben Laden, l’épicier en bas de chez vous, tout çà, c’est la même chose, kif-kif. On a l’impression qu’ils viendraient tous d’un même pays imaginaire : la Musulmanie, comme le dit très justement une interview dans Le Courrier de l’Atlas.
Mais quand une milice chrétienne a enlevé une française en Afrique (elle fut libérée et tant mieux !), a-t-on demandé aux chrétiens de désavouer ? A chaque plasticage en Corse, dois-je créer une page facebook « not in my name » ou, plus précisément, « micà cù me » ? On cherche le bon musulman, le musulman modéré, comme on cherchait hier « le bon nègre » , en un mot, le « harki ». Ah, s’il y avait eu plus de harkis, on aurait gardé l’Algérie et on n’en serait pas là !
Cette folie collective est créée et entretenue par l’Etat et ses sommets, aux relents xénophobes revendiqués (le 24 septembre 2013, M. Valls a déclaré : « Les Roms sont des populations aux modes de vie différents des nôtres »). Il n’y a pas un jour sur n’importe quelle chaine de télévision sans une émission, un reportage, un entretien sur la question « islam et terrorisme », « j’ai échappé au djihad », « Charlie, un mois après » etc.
Rachida Dati n’est pas une amie politique, loin s’en faut, ; je combats ses idées, sa politique, le blingbling people etc mais, son témoignage est précieux : elle a indiqué (et elle est doublement bien placée pour le dire) que c’est dans l’élite (les gens qui s’appellent ainsi) que le racisme est le plus grand. Le racisme est toujours un racisme de la classe possédante utilisant la petit-bourgeoisie effrayée. Il s’agit des déclassés en Allemagne d’après 1918, des bobos en France, ceux qui sont leurs propres patrons, ceux qui sont dans la création, la com’, la pub’, qui ouvrent un restau light-bio-cuisine du monde en faillite dans trois mois, qui sont terrorisés parce que la crise économique va les frapper durement et qui tournent leur haine avec un réflexe de petits blancs). La lutte de classes, décidemment, n’a pas disparu.
Certains essayent de réfléchir, de garder leur lucidité, surtout, ne pas hurler avec les loups. Qu’ils en soient remerciés. Ils n’ont pas remplacé leur cerveau par le doigt de la télécommande ni leur réflexion par une minute de silence (ah ! tiens, voila une belle invention, aussi : au moment où il faut parler, expliquer, argumenter, surtout dans les lycées et collèges, on demande de se taire. Réfléchissons à ce paradoxe : la défense de la liberté d’expression s’est manifestée par une minute de silence !).
Parfois, cela prend la forme d’un dessin. Un journal que je n’apprécie pas, Le Monde, publie un dessin dans son édition du 10 février : le 1er personnage dit « j'ai troussé un petit texte pour défendre la laïcité » et il tend un papier au 2e personnage en ajoutant « de la nostalgie ! du sentiment ! de l'engagement ». Le 2e personnage lit et dit « Bon...çà sent tellement le catéchisme bobo condescendant que même à moi, athée convaincu, çà me donnerait envie de faire le djihad » .
D’autres ont expliqué (désolé, je ne trouve plus la référence exacte) que choisir le slogan « je suis Charlie » était une erreur de taille parce que, de fait, cela demandait à chacun des musulmans vivant en France, de choisir entre un journal qui les offense (ce qu’ils ont le droit de penser) et … un journal qui les offense (ce slogan exclue également les autres victimes, au passage). Résultat, la grrrrrande marche du 11 était étrangement homogène ; une fois de plus, l’analogie avec les manifestations pro-Algérie française auxquelles les musulmans étaient conviés, à grand renfort de camions de parachutistes, vient à l’esprit.
Nous, libre-penseurs, entretenons avec Jean Baubérot un dialogue, respectueux et constructif ; respectueux parce que nous ne sommes pas toujours d’accord mais que l’anathème n’est pas de mise, constructif parce que Baubérot sait de quoi il parle. Son interview dans l’Express du 6 février explique que l’action de politiques depuis des années « donnerait un Etat non plus laïque mais partiellement athée. Or, dans la loi de 1905, l'obligation de neutralité est faite à l'Etat et à ses représentants, pas aux citoyens. ». Il prend l’exemple du « foulard » (en théorie, c’est un petit morceau de tissu, c’est devenu quelque chose d’aussi dangereux que la guerre thermonucléaire, à en croire certains) : « Il s'agissait d'une interdiction limitée aux élèves mineurs des écoles publiques. En dehors, le port du foulard restait légitime. Or, pour obtenir cette interdiction, on a procédé à une dénonciation globale du foulard, traduit comme étant toujours un outil de soumission de la femme... » et il ajoute « La laïcité est utilisée à géométrie variable, et de façon plus sévère et injuste envers l'islam. En 2010, le FN a d'ailleurs fait de la laïcité l'une des pièces maîtresses de son argumentaire identitaire ». A méditer…
Pour les libre-penseurs, toutes les religions se valent et doivent être combattues ; pour un libre-penseur authentique, il est indigne de mettre sur le même plan Mme Bettancourt, Mme Chirac, M. Arnault de LVMH, M Bolloré et la femme de ménage des gares SNCF ou le livreur de supermarchés (peu importe leurs religions respectives ou leurs opinions philosophiques). En fait, on tape toujours sur la partie la plus exploitée et la plus opprimée du prolétariat en France, celle qui n’a pas accès aux plateaux télévisés où on papote doctement, celle qui n’a pas de compte en Suisse, celle qui ne parle pas correctement français et qui se bat pour que les enfants aillent à l’école, celle dont les enfants, justement, servent de traducteurs dans les réunions parents-professeurs, celle dont les enfants savent déjà que leur avenir est fait de marasme et de chômage. On essaierait de diviser la classe ouvrière qu’on ne s’y prendrait pas mieux.
Un libre-penseur sait, par l’Histoire, par la pratique, par la vie de tous les jours, que la laïcité est un combat démocratique, non d’exclusion mais d’égalité.

Jean-Marc Schiappa "

Charlie or not Charlie, that is not the question

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Publié le 14 Février 2015

Le 13 février 2015

Libre Pensée

Fédération de la Sarthe

Maison des Associations

Rue d’Arcole

72000 Le Mans

 

 

 

Madame la Préfète

 

 

La presse et les médias ont relaté votre participation à l’ inauguration de la mosquée de Sablé le 5 février 2015.

La Fédération départementale de la Libre Pensée considère que votre présence ainsi que celle du sous-préfet et du Maire de Sablé constitue une atteinte au régime de séparation des Eglises et de l’Etat établi par la loi du 9 décembre 1905.

En effet, le principe fondamental de cette loi est la garantie, pour chaque citoyen, de l’exercice de la liberté absolue de conscience dont découle le libre exercice des cultes. A cette fin, la loi interdit à l’Etat de reconnaître, de salarier ou de subventionner les cultes. La religion est ainsi devenue une affaire strictement privée. Les citoyens ont donc le droit de croire ou de ne pas croire, mais la République, le gouvernement, la région, le département comme la commune ne peuvent reconnaître des communautés religieuses ni promouvoir des religions sous quelque forme que ce soit.

L’inauguration d’un lieu de culte (en l’occurrence ici d’une mosquée) relève de ceux qui se reconnaissent dans ce culte : les représentants de la République (Préfet et élus) n’ont pas à y participer .

Le Préfet a pour rôle de faire respecter les lois, il est le garant de l’Etat et des valeurs de la République dont la laïcité ; la neutralité s’impose donc à sa fonction.

« Je veux l’Etat chez lui et l’Eglise chez elle » avait déclaré Victor Hugo dans son discours contre la loi Falloux en 1850. Aujourd’hui cette exigence est plus que jamais d’actualité.

Après les meurtres odieux de janvier et la tentative d’utiliser la journée d’émotion nationale du 11 janvier pour la dévoyer, la Libre Pensée s’inquiète de l’institutionnalisation des religions comme représentants des citoyens.

Reconnaître le communautarisme, addition d’intérêts religieux particuliers, est la négation de la concorde civile entre citoyens libres et égaux en droits.

La République n’est ni chrétienne, ni juive, ni musulmane ou libre penseuse, elle est laïque.

Les représentants de l’Etat et les élus de la République doivent respecter la législation en vigueur.

Veuillez agréer, Madame la Préfète, l’expression de nos salutations républicaines et laïques.

 

Pour la fédération Libre Pensée 72

Le Président : Hansi Brémond

Le Vice-Président : Gérard Désiles

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Publié le 12 Février 2015

Une victoire de plus de la Libre Pensée en faveur de la loi de 1905 !

 

Communiqué de La Fédération de Haute-Savoie de la Libre Pensée

 

* * *

Vierge de PUBLIER : une victoire de la laïcité !

Le Tribunal Administratif condamne la Commune et son Maire

 

Les juges ont dit le droit. Ils ont donné raison à la Libre Pensée. C'est une victoire de la laïcité. C'est une victoire de la liberté de conscience des citoyens. En effet, la République n'est pas catholique, pas plus qu'elle n'est  protestante, ni juive, ni musulmane, ni bouddhiste, ni multi-confessionnelle, ni même athée. Elle est tout simplement laïque. Comme le disait fort bien le libre penseur Victor Hugo «  l’État chez lui, l’Église chez elle »

 

La Libre Pensée est à l'origine avec Ferdinand Buisson, Aristide Briand et Jean Jaurès, du vote de la Loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905. Celle-ci abroge le Concordat bonapartiste et garantit la liberté de conscience des citoyens.

 

Article 1 La République assure la liberté de conscience …

Article 2 La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte...

 

Le Tribunal Administratif de Grenoble, au nom du Peuple français,

  • « considérant qu'aux termes de l'article 28 de la Loi du 9 décembre 1905 : « « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions »

 

  • « Considérant que la statue de la Vierge portant l'inscription « Notre Dame du Léman veille sur tes enfants » constitue un emblème religieux ; qu'il est constant que le terrain sur lequel elle a été édifiée est un parc public ; que dès lors… la commune ne pouvait légalement autoriser l'installation de cette statue sur le domaine public communal »
  • « décide d'annuler les décisions en date du 7 novembre 2011 par lesquelles le Maire de PUBLIER  a refusé de déplacer la statue de Notre Dame du Léman en dehors du domaine public communal »

 

Mr Gaston Lacroix confond sa charge de Maire de la Commune et la mission pastorale d'homme d'Eglise.  Il bafoue la liberté de conscience des citoyens. N’a-t-il pas déclaré dans le Dauphiné Libéré du 14/08/11 « Cette Vierge est un repère dans une société qui n’en a plus ». Depuis quand un Maire de la République utilise-t-il sa fonction pour indiquer aux citoyens les repères qu’ils doivent avoir ? Est-il de la compétence d'une Commune d'indiquer qu'un dieu ou une déesse existe et d'en faire la promotion avec l'argent du contribuable ?

 

En 2011, Mr Lacroix a été contraint par l'action des libres penseurs, des laïques et du Sous-Préfet de Thonon représentant l’État de rembourser à la commune les 34 846,50 € qu’il avait pris indûment sur les deniers publics, sans consultation préalable du Conseil municipal. L’Église catholique a alors racheté la statue.

 

Aujourd'hui, après cette décision de justice, Mr Gaston Lacroix, s'il est républicain et respectueux des lois comme devrait l'être un Maire, doit  procéder à l'enlèvement de cette statue.

 

S'il ne le fait pas, la Libre Pensée s'adressera au Préfet de la Haute-Savoie et mènera campagne. Elle en appellera à la mobilisation de tous les citoyens et des organisations se réclamant de la laïcité.

 

 

Annemasse, le 4 février 2015

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Rédigé par Libre Pensée 72

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Publié le 9 Février 2015

Extrait du bulletin de la Libre pensée de la Sarthe (janvier 2014)

 

 

Août 1914 : vous parlez allemand, ou vous êtes anarchiste, ou syndicaliste, ou antimilitariste, ou encore marchand ambulant, ou travailleur étranger depuis plusieurs années dans les entreprises françaises ; vous êtes Belge ou Alsacien-Lorrain évacué des « zones sensibles » ou tout simplement étranger en déplacement ou vacances : vous êtes suspect donc « indésirable » et susceptible d’être interné arbitrairement dans l’un des 70 camps qui couvrent le pays à l’image de celui de Précigné près de Sablé sur Sarthe.

C’est ainsi que 2116 hommes, femmes ou enfants, de 40 nationalités différentes ont été internés dans le petit séminaire, bâtiment religieux vacant depuis la loi de séparation de 1905. Colonie appelé officiellement camp de concentration durant la période 1914-1919.

 

Des faits que l’association locale « Passé Simple » a ressorti des oubliettes de l’histoire. Marie-Jeanne Buisneau a consulté, et ce, pendant 4 ans ! les milliers de documents ( fiches d’identité et les courriers afférents à la vie du centre) entreposés sur plus de 5 mètres de rayonnages aux archives départementales de la Sarthe.

Un ouvrage remarquable a été élaboré par les adhérents de l’association. Il a pour titre « La Colonie de Précigné », et a été publié par les éditions du Petit pavé en 2009.

 

Ce livre décrit avec de nombreux détails la vie et les conditions d’hébergement difficiles d’un population bigarrée dans des bâtiments vétustes, avec son lot de misère et de souffrances . En janvier 1915 la colonie de Précigné compte 413 hommes, 198 femmes, 53 enfants. Un « ouvroir » (atelier pour femmes) est installé où elles confectionnent des vêtements. Les hommes sont occupés à différents travaux d’aménagement et d’entretien . Ils fabriquent aussi des matelas et des galoches ou font de l’étamage dans des ateliers ouverts tous les jours sauf le dimanche. Certains vont travailler à l’extérieur dans des fermes qui ont besoin de main d’œuvre à bon marché ou encore dans des exploitations forestières et entreprises des environs ; évidemment les tentatives d’évasion sont nombreuses (114 au total pour 46 évadés repris).

Une salle a été aménagée en école où 2 instituteurs prisonniers assurent la classe (30 élèves fin 2015). Chaque dimanche matin une messe est célébrée dans la chapelle de l’ex-séminaire par le curé du village.

S’alimenter correctement, souffrir le moins possible du froid, de la promiscuité( 800 prisonniers fin 1915), se maintenir en bonne santé sont les préoccupations quotidiennes des internés.

Pendant ces quatre années, 7 naissances et 71 décès ont été enregistrés.

Après la fin de la guerre (armistice du 11 novembre 1918)et jusqu’à la signature du traité de Versailles le 28 juin 1919, le camp va se vider progressivement (il reste encore 166 détenus d’origine étrangère). A partir de cette date (levée de l’état de siège sur tout le territoire), les autorités n’ont plus le droit de retenir arbitrairement des individus sans jugement et sans garanties républicaines.

 

Gérard Désiles

 

Victor Kibaltchiche (dit Victor Serge) parmi les Indésirables.

Un des épisodes de la vie tourmentée  de l’écrivain anarchiste(1890-1947) se déroule à la Colonie de Précigné où il a été interné du 18 avril 1918 au 2 janvier 1919.

Il y retrouve un quarantaine de révolutionnaires qualifiés de bolchéviks. Victor serge n’aura de cesse d’adresser des courriers aux autorités pour dénoncer le manque  de nourriture ou les conditions déplorables de vie au camp.

Il y fait référence dans son livre « Mémoires d’un révolutionnaire »

 

1914-1919 : un camp d’internement pour « Indésirables » à Précigné (Sarthe)

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Rédigé par Libre Pensée 72

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Publié le 9 Février 2015

Extrait du bulletin de la Libre pensée de la Sarthe - janvier 2014

 

Militant du mouvement ouvrier et démocratique sarthois fin 19è début du 20è siècle, méconnu aujourd’hui, Léon Deschamps a pourtant marqué de son empreinte la vie sociale et politique locale.

Né le 6 juillet 1849 à Campeaux (Calvados) où son père est instituteur. Bachelier ès lettres, il enseigne dans différents établissements de la région avant d’être nommé en 1885 professeur d’histoire et géographie au Lycée de garçons du Mans jusqu’à sa retraite en 1910.

 

Son itinéraire politique :

1888 : il est élu conseiller municipal sur la liste conduite par le radical Anselme Rubillard. Il se fait remarquer par son franc-parler, son souci de l’intérêt général, ses prises de positions anticléricales. (réélu en 1892 et 1896).

En 1895, il participe (avec Louis Crétois) à la création du Groupe Central Socialiste. Partisans d’une alliance avec les radicaux, ils fondent en 1897 « le Groupe Républicain Socialiste » « dans le but de provoquer ou de préparer l’application du programme républicain radical et des parties réalisables du programme socialiste » sur les positions suivantes : révision de la constitution ; dénonciation du concordat ; impôt progressif sur le revenu ; autonomie communale et départementale ; liberté d’association, liberté personnelle ; instruction laïque et gratuite à tous les niveaux . (archives départementales : dossier du groupe central socialiste1895-1897).

Aux législatives de 1902, il est candidat au Mans sous l’étiquette « républicain socialiste ». Il se prononce pour une justice sociale et prône par la voie légale et par évolution l’achèvement de la Révolution de 1789 ainsi que la réalisation complète des Droits de l’Homme et du Citoyen.

 

Toutes ces années sont marquées par d’intenses débats politiques dans les rangs des divers groupes socialistes. En 1905, Deschamps refuse d’adhérer à la SFIO car il refuse toute discipline de parti. Il reste socialiste indépendant et milite dorénavant dans le Comité républicain des trois cantons du Mans dont il devient le Président en 1908. Leur journal, organe des partis de gauche, s’intitule Le démocrate. Il siège à nouveau au conseil municipal de 1908 à 1912.

 

Un citoyen engagé sur tous les fronts !

Léon Deschamps historien : lors des commémorations du centenaire de la Révolution française il tient une conférence à La Flèche sur le thème des Etats Généraux ; il défend courageusement sa proposition de nommer la nouvelle artère ouverte en centre-ville Boulevard René Levasseur , Conventionnel sarthois qui fit voter en 1794 l’abolition de l’esclavage dans les colonies ; il fait des recherches sur la vie économique de cette période et publie un article en 1900 sur les femmes soldats pendant la révolution.

Léon Deschamps Géographe : auteur d’articles dans la Revue de Géographie et dans l’Alliance française illustrée.

Léon Deschamps (engagé volontaire dans les mobiles de la Sarthe) participa à la campagne de la 2ème armée de la Loire en 1870-71. Républicain et patriote, il défend une politique d’expansion coloniale, commerciale, culturelle, linguistique afin que la France garde son rang de grande puissance, d’où sa collaboration et ses travaux sur l’histoire de la colonisation à la société l’Alliance Française.

 

En 1899, il soutient deux thèses à la Sorbonne : une (en latin) sur Isaac de Razilly, colonisateur au temps de Richelieu et une seconde sur l’Assemblée constituante et les colonies.

On le retrouve membre de nombreuses associations : Libre Pensée du Mans (1886) ; Société démocratique de lecture (1886) ; Cercle manceau de la Ligue de l’Enseignement (1893) ; société de retraites les Prévoyants de l’Avenir (1900) ; Université populaire du Mans (1900) dont il est un des conférenciers ; section du Mans de la Ligue des Droits de l’Homme(1900) dont il est le Président pendant une vingtaine d’années.

 

Sur le plan professionnel, ses idées et prises de positions lui valent des campagnes de presse hostiles de la part de ses adversaires. Mais Léon Deschamps fait front. Il prône l’indépendance des professeurs face à leur hiérarchie pour défendre leurs intérêts professionnels ainsi que la neutralité de l’enseignement, un statut des fonctionnaires qui les protègerait du favoritisme administratif et des ingérences cléricales ( membres du Sillon, d’associations de parents). C’est ainsi qu’il accepte en 1904 de présider aux destinées d’un journal « La Solidarité », organe corporatif, didactique, critique.

Il décède au Mans le 8 juillet 1927 à l’âge de 78 ans. Ses obsèques civiles ont lieu au cimetière Ouest en présence de nombreux citoyens.

 

Son combat pour la laïcisation des noms de rues :

On lui doit la proposition de dénomination du Boulevard René Levasseur en 1888, du Boulevard Emile Zola en 1908 et celle de la rue Saint-Ouen en rue Francisco Ferrer qu’il proposa dès 1909 puis en 1911…en vain.

Comme il le disait lui-même aux cléricaux : « Je crois, moi historien, qu’il est plus intéressant d’honorer des noms modernes que des noms moyenâgeux. Ferrer est une victime de l’inquisition moderne espagnole et mérite d’être honoré ».

 

Il faudra attendre 1925 pour que sa proposition soit reprise et adoptée. La rue Ferrer existera jusqu’en 1940, supprimée sous la pression du régime de Vichy, transformée alors en rue Montesquieu, mais jamais rétablie depuis. (voir l’article consacré à F.Ferrer dans notre bulletin n°84).

 

Suite aux démarches engagées en 2009 par notre fédération départementale (centenaire de l’exécution de F.Ferrer), la ville du Mans a décidé en 2011, de redonner son nom à une rue du nouveau quartier de Pied-Sec en cours d’aménagement. Nous ne manquerons pas de prendre une initiative publique pour célébrer cet événement le moment venu.

 

Gérard Désiles

 

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Rédigé par Libre Pensée 72

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Publié le 9 Février 2015

Article paru dans le bulletin de la LP 72 de juillet 2014

 

En introduction à son exposé sur « Quelles menaces sur la science et la recherche » le 5 avril dernier au Mans, Jean Sébastien Pierre a fait référence à Pierre Belon, l’un des plus grands scientifiques du XVI ème siècle, le père de l’anatomie comparée et des classifications botaniques.

J’ai voulu en savoir plus ; je vous livre le résultat de mes recherches.

D’origine modeste, Pierre Belon est né en 1517 au hameau de la Soultière à Oizé, aujourd’hui commune de Cérans-Foulletourte où sa maison natale existe toujours.

Tout d’abord jardinier, il s’intéresse à la nature et aux plantes : il sera apothicaire.

Il s’occupe en 1538 du jardin botanique au manoir épiscopal de Touvoie à Savigné l’évêque, résidence de René du Bellay, évêque du Mans.

De 1540 à 1542, il suit des cours de botanique à Wittenberg (Saxe). A son retour, il devient l’apothicaire et le protégé du cardinal François de Tournon, ministre des affaires étrangères de François 1er .

En 1546, il fait partie d’une mission diplomatique en Turquie et poursuit son périple jusqu’en 1649, effectuant un des premiers voyages naturalistes de l’histoire dans les pays du Levant : il fait des observations sur l’histoire naturelle et sur les mœurs des habitants qu’il publiera par la suite.

En 1550, il commence ses études de médecine qui dureront 10 ans, car il continue de voyager en Europe pour observer la nature et rédige en même temps des ouvrages de zoologie et de botanique :

1551 : « Des arbres et des conifères » et « L’Histoire naturelle des estranges poissons marins avec la vraie peincture et description du Dauphin et de plusieurs autres de son espèce observée par Pierre Belon du Mans ».

1553 : « Voyage au Levant, les observations de Pierre Belon du Mans, de plusieurs singularités et choses mémorables trouvées en Grèce, Turquie, Judée, Egypte, Arabie et autres pays estranges » .

1555 : « La Nature et la diversité des poissons avec leurs portraicts représentés au plus près du naturel ». (A cette époque, le terme poisson regroupe tous les animaux marins). Il établit une classification basée sur ses observations anatomiques. (110 espèces sont répertoriées).

La même année, dans son « Histoire de la nature des oiseaux » (361pages !), il y décrit tous les oiseaux qu’il connaît et les regroupe suivant leur comportement et leur anatomie.

On lui doit les premiers rapprochements entre le squelette d’un oiseau et celui de l’ homme, le cerveau d’un dauphin et celui de l’homme.

1557 : « Pourtraicts d’oyseaux » comporte 174 gravures faites à partir de ses dessins.

1558 : « Les remontrances sur le default du labour et culture des plantes et la cognoissance d’icelles» : il préconise l’acclimatation des végétaux exotiques.

En véritable naturaliste, il s’attache aux usages thérapeutiques et alimentaires de la flore qu’il observe. Il a tenté, souvent dans des conditions rocambolesques (les risques et périls sont nombreux), de ramener des graines des pays d’orient.

Saviez-vous qu’il avait introduit le platane et le lilas en France ?

On lui doit aussi l’arrivée de nombreuses autres plantes et arbres : le laurier-palme, l’arbre de Judée, le pistachier, le jujubier, le chêne vert, la tulipe d’orient, la myrte, le cèdre, le genévrier d’orient et quelques herbes euphorisantes.

Il est mort mystérieusement assassiné en avril 1584 alors qu’il rejoignait son logement au château de Madrid dans le bois de Boulogne où il vivait du commerce des baumes, drogues et onguents.

On a donné son nom à une rue et une école primaire au Mans ainsi qu’ au collège de Cérans-Foulletourte.

 

Deux statues de Pierre Belon ont été érigées en Sarthe à la fin du 19ème : une au Mans, place de la Préfecture (1887) et une à Cérans-Foulletourte (1891). Elles ont été fondues en 1942 par les Allemands. Seule celle de Cérans a été refaite en 1992.

Gérard Désiles

 

Pierre Belon (1517-1584)  célèbre naturaliste sarthois

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Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #Science

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