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Publié le 12 Avril 2015

Je vous invite à découvrir une personnalité qui a marqué la vie politique de Sablé durant la première moitié du 20ème siècle. 

Élise, son arrière grand-mère, était une esclave née dans l’île de la Guadeloupe. Elle devient libre au moment de la naissance de son fils Gustave né de père inconnu. Cette toute nouvelle liberté lui a donné un  patronyme : celui d’Élizé.  

Suite à l’abolition de l’esclavage, en deux générations, la famille Élizé est devenue une famille noire aisée. Augustin Élizé est inspecteur des impôts au Lamentin en Martinique.  Son fils Raphaël y naît le 4 février 1891, il a 7 frères et sœurs.

 

1902 : l’explosion de la Montagne Pelée

Fin avril-début Mai 1902 : le volcan est menaçant : les enfants Élizé son déjà à l’abri à Fort de France avant qu’Augustin Élizé ne les rejoigne in-extrémis par le dernier bateau qui quitte Saint-Pierre.

Sur les 40 000 habitants, 30 000 ne peuvent s’enfuir  et périssent à l’exception d’un seul, retrouvé au fond de la prison…

Les Élizé sont sains et saufs, mais ils ont tout perdu.

La famille se réfugie en France

Ils quittent la Martinique pour Paris où le gouvernement a décidé d’ouvrir les lycées de la capitale aux martiniquais réfugiés.

Les conditions de vie sont difficiles pour la famille mais Raphaël peut poursuivre ses études: il obtient son baccalauréat. Alors que ses parents repartent en Martinique en 1910, il est admis au concours à l’école vétérinaire de Lyon où les études sont gratuites.

Juillet 1914 : Il obtient son diplôme de médecin vétérinaire.

Août 1914 : Il est rattrapé par la guerre. Il devient vétérinaire au front. Son dévouement et son courage sont reconnus « n’hésitant jamais à se porter au cours des batailles sur les points les plus exposés, donnant des soins aux animaux de trains de combat au milieu des bombardements et des nappes de gaz délétères ». (général Marty)

Il est décoré de la croix de guerre  puis démobilisé en août 1919.

Octobre 1919 : arrivée à Sablé accompagné de Caroline, d’origine martiniquaise, épousée en mars.

Il a dû choisir un point de chute pour exercer son métier : ce sera Sablé.

Pourquoi ? c’est une région d’élevage où il n’y pas de vétérinaire, seulement des « hongreurs » qui castrent les chevaux, vétérinaires à l’occasion, mais sans titre officiel.

Rapidement, ses qualités professionnelles et humaines sont reconnues…malgré la couleur de sa peau !  

 

« Une école égale pour tous, faire que tous les élèves indistinctement puissent être admis au prix d’un modeste effort à recueillir les fruits du savoir, permettre aux jeunes de devenir des êtres réfléchis, des hommes, fiers de leur Culture, de leur Histoire, capables de se servir des outils de la Connaissance ».  Raphaël Élizé

 

Raphaël s’intéresse aussi à la vie locale et occupe des postes dans plusieurs organismes où son sérieux et son souci du bien public sont incontestables.

En 1923, le statut de vétérinaire ayant été modifié (il faut être titulaire d’un doctorat), il l’obtient en présentant un thèse remarquée intitulée «  les effets physiologiques et pathologiques des toxines du lait des animaux tuberculeux ».

 

1924 : il adhère à la SFIO

En relation avec la situation politique et sociale des années 20, il adhère à la section SFIO de Sablé en 1924. Reconnaissant envers la République qui permet à tous ses enfants, fussent-ils Antillais, d’accéder à toutes les fonctions au seul mérite de leur vertu et de leurs capacités, Raphaël Élizé défend les valeurs issues de la Révolution française : Liberté, Egalité, Laïcité, Amitié entre les peuples.

1925 : il est élu conseiller municipal sur la liste socialiste du maire sortant qui n’obtient que 7 sièges sur 23.

1929 : il est élu maire, ce qui fait de lui le « premier maire de couleur de la France métropolitaine » ;

1935 :  il est réélu.

 

Ses réalisations sociales

Attaché à l’amélioration des conditions de vie et de travail de la population laborieuse, ses mandats sont marqués par des réalisations sociales qualifiées quelquefois de « modernistes » !!

1930-1931 : il a pour projet la construction d’une maternité car « de toutes les communes importantes de la Sarthe,, Sablé est seule à ne posséder ni Goutte de Lait*, ni consultation de nourrissons , ni maternité ; le corps médical de Sablé a signalé à

plusieurs reprises que beaucoup d’accouchements se font dans des conditions d’hygiène  les plus défavorables ».  Il souhaite la création d’une école primaire supérieure au sein du Collège afin d’accueillir les meilleurs élèves issus du primaire.

Il modernise l’hospice, apporte son soutien à des manifestations sportives ou culturelles.

Il fait adopter par son conseil un vœu en soutien à la jeune République espagnole : « Nous sommes nous-mêmes issus d’une révolution  et nous jouissons à ce titre d’un régime de liberté que nous souhaitons voir s’étendre aux peuples qui nous entourent… ».

- 1933 : alors que le chômage persiste (suite à la crise de 1929), il obtient l’ouverture d’un fonds de secours (60% Etat, 40% Commune)….

- 1934, sa proposition d’ouvrir une colonie de vacances dans le parc de la ville dont le but est «de soustraire aux risques de la rue, durant la période de vacances, les enfants dont les parents sont retenus au-dehors par leurs occupations journalières »  est repoussée d’une voix .

- Il organise un arbre de noël pour les familles démunies avec distribution de deux paniers : l’un contenant des victuailles et des vêtements, l’autre des jouets.

- 1936, afin d’accueillir les syndicats qui se sont développés, il ouvre une Maison du peuple : une coopérative ouvrière est créée, ainsi qu’un « collège du travail »  qui propose des cours de formation.

Des cours gratuits d’espéranto sont donnés au cours complémentaire. Raphaël Élizé souhaite que l’espéranto soit enseigné et introduit progressivement dans les programmes scolaires.

Un comité d’accueil pour les réfugiés espagnols est créé.

Il propose la construction d’une piscine (ce sera la première homologuée de l’ouest de la France) qui sera finalement construite et inaugurée en 1938…avec des tarifs modestes.

 

1937 : Aménagement d’un stade (avec vestiaires, lavabos, douches et tribunes) utilisé par les équipes de l’association sportive sabolienne.

  Cette année là, une terrible épreuve frappe le couple Élizé : Janine, leur fille unique de 17 ans, succombe  des suites d’une appendicite diagnostiquée trop tard.

 

Février 1938 : ouverture de la maternité « Goutte de lait » (3000 paniers distribués dans l’année).

1939 : de nouveau rattrapé par la guerre : il est mobilisé comme capitaine vétérinaire dans l’Aisne.

1940 : son régiment se replie en zone libre : il n’a qu’une idée en tête : retourner à Sablé pour reprendre son activité professionnelle, ce qu’il obtient finalement en août.

 

Il est déchu de sa fonction de maire par les nazis

1940-1943 : il se consacre alors à sa profession de vétérinaire. Il bénéficie d’une autorisation de circuler en voiture et « à bicyclette à moteur » jour et nuit à Sablé et dans la campagne environnante.

 

Raphaël Élizé et la résistance…

Il est difficile de définir quelle place et quel rôle il a pu jouer : par définition la clandestinité et la discrétion sont de rigueur dans ce cas. Quelques témoignages de ses proches rapportent des faits qui laissent supposer qu’il a pu apporter des informations à la résistance locale (Il possédait un Ausweiss et parlait couramment l’allemand). Il était au courant de l’interprétation de certains messages personnels diffusés par la BBC. Pendant sa déportation et après sa disparition, son rôle de résistant a été officiellement reconnu.

« Il est incompréhensible pour le ressentiment allemand et pour le sens du droit allemand, qu’un homme de couleur puisse revêtir la charge d’un maire. De même, il est insupportable à l’administration militaire et à l’armée allemande de reconnaître comme maire en territoire occupé un homme de couleur, ni de discuter avec lui. Il n’existe donc aucune raison pour le préfet de réintégrer cet ancien maire dans ces fonctions. »

(lettre adressée au préfet le 9 août 1940 par la Feldkommandantur 755 du Mans).

 

De Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la République Française, de passage à Sablé en juillet 1944, rendit hommage au résistant. En juin 1945, Ferdinand Lemaire, président du Comité de Libération apprendra officiellement aux saboliens sa disparition  en précisant qu’il avait adhéré au premier mouvement de résistance local organisé par Michel Lemore.

 

- Septembre 1943 : déportation. 10 jours après le démantèlement du réseau Max-Buckmaster, il est arrêté, emprisonné à Angers puis transféré près de Compiègne avant d’être acheminé à Buchenwald. Il travaille dans une usine d’armement, matricule 40 490.

9 février 1945 : mort tragique. L’usine et le camp sont bombardés par les alliés : grièvement blessé, Raphaël Élizé meurt le soir même. Son corps ne sera jamais retrouvé.

Octobre 1945 : le conseil municipal de Sablé donne le nom de Raphaël Élizé à la place de la mairie.

Mars 1946 : décès de Caroline Élizé à 55 ans.

 

Raphaël Élizé, homme de grande culture

Pour terminer et compléter cette biographie, il faut ajouter que Raphaël Élizé était  passionné par la littérature, la poésie, la musique et les arts en général. Pratiquant lui-même la peinture, la photographie. La maison que le couple Élizé occupait au 16 de la rue Aristide Briand  à Sablé accueillait  chaleureusement la famille, les amis, les artistes.

 

Gérard Désiles

 

 

Sources : Raphaël Élizé (1891-1945) Premier maire de couleur de la France métropolitaine par l’association locale Passé Simple aux éditions du Petit Pavé .

 

A signaler :

-En 2011, la ville du Mans a inauguré une place à son nom dans le quartier de l’université ;

-l’impression d’un timbre à l’effigie de Raphaël Élizé en 2013 ;

- la sortie d’un  film remarquable « Le métis de la République » de Philippe Baron diffusé sur France3 et Martinique 1ere (mars 2014).

 

* La Goutte de lait  : A la  fin du 19ème siècle, la mortalité infantile  importante est due à l’entérite, la tuberculose, l’alcoolisme maternel, les conditions d’hygiène et de nutrition  déplorables. En 1894, à Fécamp, le docteur Léon Dufour crée la première « Œuvre de la Goutte de Lait » destinée à lutter « contre le mauvais lait » (souvent contaminé), facteur de cette mortalité. Son principe : tout d’abord encourager l’allaitement maternel ; dans le cas d’allaitement mixte, l’œuvre fournit le lait qui a subi des contrôles, a été pasteurisé et « humanisé » pour le rendre plus digeste  : les mères de famille reçoivent leur panier de 8 à 10 biberons stérilisés tous les jours en échange des biberons vides  et de la tétine de la veille ; d’autre part des consultations de nourrissons sont organisées.

 

 

Un destin hors du commun :  Raphaël Élizé (1891-1945)
Un destin hors du commun :  Raphaël Élizé (1891-1945)

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Rédigé par Libre Pensée 72

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Publié le 9 Février 2015

Extrait du bulletin de la Libre pensée de la Sarthe (janvier 2014)

 

 

Août 1914 : vous parlez allemand, ou vous êtes anarchiste, ou syndicaliste, ou antimilitariste, ou encore marchand ambulant, ou travailleur étranger depuis plusieurs années dans les entreprises françaises ; vous êtes Belge ou Alsacien-Lorrain évacué des « zones sensibles » ou tout simplement étranger en déplacement ou vacances : vous êtes suspect donc « indésirable » et susceptible d’être interné arbitrairement dans l’un des 70 camps qui couvrent le pays à l’image de celui de Précigné près de Sablé sur Sarthe.

C’est ainsi que 2116 hommes, femmes ou enfants, de 40 nationalités différentes ont été internés dans le petit séminaire, bâtiment religieux vacant depuis la loi de séparation de 1905. Colonie appelé officiellement camp de concentration durant la période 1914-1919.

 

Des faits que l’association locale « Passé Simple » a ressorti des oubliettes de l’histoire. Marie-Jeanne Buisneau a consulté, et ce, pendant 4 ans ! les milliers de documents ( fiches d’identité et les courriers afférents à la vie du centre) entreposés sur plus de 5 mètres de rayonnages aux archives départementales de la Sarthe.

Un ouvrage remarquable a été élaboré par les adhérents de l’association. Il a pour titre « La Colonie de Précigné », et a été publié par les éditions du Petit pavé en 2009.

 

Ce livre décrit avec de nombreux détails la vie et les conditions d’hébergement difficiles d’un population bigarrée dans des bâtiments vétustes, avec son lot de misère et de souffrances . En janvier 1915 la colonie de Précigné compte 413 hommes, 198 femmes, 53 enfants. Un « ouvroir » (atelier pour femmes) est installé où elles confectionnent des vêtements. Les hommes sont occupés à différents travaux d’aménagement et d’entretien . Ils fabriquent aussi des matelas et des galoches ou font de l’étamage dans des ateliers ouverts tous les jours sauf le dimanche. Certains vont travailler à l’extérieur dans des fermes qui ont besoin de main d’œuvre à bon marché ou encore dans des exploitations forestières et entreprises des environs ; évidemment les tentatives d’évasion sont nombreuses (114 au total pour 46 évadés repris).

Une salle a été aménagée en école où 2 instituteurs prisonniers assurent la classe (30 élèves fin 2015). Chaque dimanche matin une messe est célébrée dans la chapelle de l’ex-séminaire par le curé du village.

S’alimenter correctement, souffrir le moins possible du froid, de la promiscuité( 800 prisonniers fin 1915), se maintenir en bonne santé sont les préoccupations quotidiennes des internés.

Pendant ces quatre années, 7 naissances et 71 décès ont été enregistrés.

Après la fin de la guerre (armistice du 11 novembre 1918)et jusqu’à la signature du traité de Versailles le 28 juin 1919, le camp va se vider progressivement (il reste encore 166 détenus d’origine étrangère). A partir de cette date (levée de l’état de siège sur tout le territoire), les autorités n’ont plus le droit de retenir arbitrairement des individus sans jugement et sans garanties républicaines.

 

Gérard Désiles

 

Victor Kibaltchiche (dit Victor Serge) parmi les Indésirables.

Un des épisodes de la vie tourmentée  de l’écrivain anarchiste(1890-1947) se déroule à la Colonie de Précigné où il a été interné du 18 avril 1918 au 2 janvier 1919.

Il y retrouve un quarantaine de révolutionnaires qualifiés de bolchéviks. Victor serge n’aura de cesse d’adresser des courriers aux autorités pour dénoncer le manque  de nourriture ou les conditions déplorables de vie au camp.

Il y fait référence dans son livre « Mémoires d’un révolutionnaire »

 

1914-1919 : un camp d’internement pour « Indésirables » à Précigné (Sarthe)

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Rédigé par Libre Pensée 72

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Publié le 9 Février 2015

Extrait du bulletin de la Libre pensée de la Sarthe - janvier 2014

 

Militant du mouvement ouvrier et démocratique sarthois fin 19è début du 20è siècle, méconnu aujourd’hui, Léon Deschamps a pourtant marqué de son empreinte la vie sociale et politique locale.

Né le 6 juillet 1849 à Campeaux (Calvados) où son père est instituteur. Bachelier ès lettres, il enseigne dans différents établissements de la région avant d’être nommé en 1885 professeur d’histoire et géographie au Lycée de garçons du Mans jusqu’à sa retraite en 1910.

 

Son itinéraire politique :

1888 : il est élu conseiller municipal sur la liste conduite par le radical Anselme Rubillard. Il se fait remarquer par son franc-parler, son souci de l’intérêt général, ses prises de positions anticléricales. (réélu en 1892 et 1896).

En 1895, il participe (avec Louis Crétois) à la création du Groupe Central Socialiste. Partisans d’une alliance avec les radicaux, ils fondent en 1897 « le Groupe Républicain Socialiste » « dans le but de provoquer ou de préparer l’application du programme républicain radical et des parties réalisables du programme socialiste » sur les positions suivantes : révision de la constitution ; dénonciation du concordat ; impôt progressif sur le revenu ; autonomie communale et départementale ; liberté d’association, liberté personnelle ; instruction laïque et gratuite à tous les niveaux . (archives départementales : dossier du groupe central socialiste1895-1897).

Aux législatives de 1902, il est candidat au Mans sous l’étiquette « républicain socialiste ». Il se prononce pour une justice sociale et prône par la voie légale et par évolution l’achèvement de la Révolution de 1789 ainsi que la réalisation complète des Droits de l’Homme et du Citoyen.

 

Toutes ces années sont marquées par d’intenses débats politiques dans les rangs des divers groupes socialistes. En 1905, Deschamps refuse d’adhérer à la SFIO car il refuse toute discipline de parti. Il reste socialiste indépendant et milite dorénavant dans le Comité républicain des trois cantons du Mans dont il devient le Président en 1908. Leur journal, organe des partis de gauche, s’intitule Le démocrate. Il siège à nouveau au conseil municipal de 1908 à 1912.

 

Un citoyen engagé sur tous les fronts !

Léon Deschamps historien : lors des commémorations du centenaire de la Révolution française il tient une conférence à La Flèche sur le thème des Etats Généraux ; il défend courageusement sa proposition de nommer la nouvelle artère ouverte en centre-ville Boulevard René Levasseur , Conventionnel sarthois qui fit voter en 1794 l’abolition de l’esclavage dans les colonies ; il fait des recherches sur la vie économique de cette période et publie un article en 1900 sur les femmes soldats pendant la révolution.

Léon Deschamps Géographe : auteur d’articles dans la Revue de Géographie et dans l’Alliance française illustrée.

Léon Deschamps (engagé volontaire dans les mobiles de la Sarthe) participa à la campagne de la 2ème armée de la Loire en 1870-71. Républicain et patriote, il défend une politique d’expansion coloniale, commerciale, culturelle, linguistique afin que la France garde son rang de grande puissance, d’où sa collaboration et ses travaux sur l’histoire de la colonisation à la société l’Alliance Française.

 

En 1899, il soutient deux thèses à la Sorbonne : une (en latin) sur Isaac de Razilly, colonisateur au temps de Richelieu et une seconde sur l’Assemblée constituante et les colonies.

On le retrouve membre de nombreuses associations : Libre Pensée du Mans (1886) ; Société démocratique de lecture (1886) ; Cercle manceau de la Ligue de l’Enseignement (1893) ; société de retraites les Prévoyants de l’Avenir (1900) ; Université populaire du Mans (1900) dont il est un des conférenciers ; section du Mans de la Ligue des Droits de l’Homme(1900) dont il est le Président pendant une vingtaine d’années.

 

Sur le plan professionnel, ses idées et prises de positions lui valent des campagnes de presse hostiles de la part de ses adversaires. Mais Léon Deschamps fait front. Il prône l’indépendance des professeurs face à leur hiérarchie pour défendre leurs intérêts professionnels ainsi que la neutralité de l’enseignement, un statut des fonctionnaires qui les protègerait du favoritisme administratif et des ingérences cléricales ( membres du Sillon, d’associations de parents). C’est ainsi qu’il accepte en 1904 de présider aux destinées d’un journal « La Solidarité », organe corporatif, didactique, critique.

Il décède au Mans le 8 juillet 1927 à l’âge de 78 ans. Ses obsèques civiles ont lieu au cimetière Ouest en présence de nombreux citoyens.

 

Son combat pour la laïcisation des noms de rues :

On lui doit la proposition de dénomination du Boulevard René Levasseur en 1888, du Boulevard Emile Zola en 1908 et celle de la rue Saint-Ouen en rue Francisco Ferrer qu’il proposa dès 1909 puis en 1911…en vain.

Comme il le disait lui-même aux cléricaux : « Je crois, moi historien, qu’il est plus intéressant d’honorer des noms modernes que des noms moyenâgeux. Ferrer est une victime de l’inquisition moderne espagnole et mérite d’être honoré ».

 

Il faudra attendre 1925 pour que sa proposition soit reprise et adoptée. La rue Ferrer existera jusqu’en 1940, supprimée sous la pression du régime de Vichy, transformée alors en rue Montesquieu, mais jamais rétablie depuis. (voir l’article consacré à F.Ferrer dans notre bulletin n°84).

 

Suite aux démarches engagées en 2009 par notre fédération départementale (centenaire de l’exécution de F.Ferrer), la ville du Mans a décidé en 2011, de redonner son nom à une rue du nouveau quartier de Pied-Sec en cours d’aménagement. Nous ne manquerons pas de prendre une initiative publique pour célébrer cet événement le moment venu.

 

Gérard Désiles

 

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Rédigé par Libre Pensée 72

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Publié le 13 Septembre 2009

La Libre Pensée s'est adressée à Mr. Boulard, maire du Mans

 

Le 30 juin 2009, la Fédération de la Sarthe de la Libre Pensée écrit:

 

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les conseillers municipaux

 

            En octobre 2009 sera célébré le centenaire de la mort de Francisco Ferrer, fondateur de l'Ecole moderne de Barcelone, fusillé après une parodie de procès.

En 1925, le conseil municipal du Mans décidait que la rue Saint-Ouen deviendrait rue Francisco Ferrer. Ce fut la cas jusqu'en décembre 1940 où, sous la pression du préfet du gouvernement de Vichy, elle avait du être renommée. C'est depuis cette date la rue Montesquieu.
C'est pourquoi la Libre Pensée vous demande de rendre hommage à cette personnalité en lui redonnant le nom d'une rue nouvelle.

Veuillez agréer…





.

 

 

Le 7 juillet, Monsieur le Maire du Mans répond:

 

Monsieur le Président

Par courrier du 30 juin 2009, vous me faites part de votre souhait de voir baptiser du nom de Francisco Ferrer une des rues du Mans.

Votre courrier est transmis à mes services, pour examen des possibilités données à la Collectivité de prendre en compte votre demande.

Je vous prie de croire….

 


Le 31 août, Madame Karamanli, Députée, Adjointe au Maire du Mans transmet à la Libre Pensée la copie de la lettre qu'elle a envoyé à Monsieur le maire du Mans le 31 août:

 

Monsieur le Maire

 

Je me permets d'attirer votre attention sur la demande de la Libre Pensée pour que le nom de Francisco ferrer puisse être donné à une rue.

En 1925, le conseil municipal avait donné le nom de la rue St Ouen à cette personnalité, fondateur de l'Ecole moderne de Barcelone. Or sous la pression du gouvernement de Vichy, cette rue s'était vu attribuer le nom de Montesquieu.
Au regard de ces éléments, je souhaiterais qu'il vous soit possible de faire procéder à un examen bienveillant de cette demande.

Vous remerciant par avance de l'attention que vous voudrez bien porter à ce dossier, je vous prie de croire….

 


Des initiatives sont en préparation  nos lecteurs seront informés en temps utile.

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Rédigé par Libre Pensée 72

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Publié le 3 Mai 2009

Au Mans, une rue, une place, une école portent le nom d'Edouard de la Boussinière.

 

Qui était-il ?

 

Il naît au Mans le 25 mars 1811 dans une famille dont ses ancêtres les Prudhomme se sont parés du titre de sieur de la Boussinière en 1722 puis anoblis en achetant une charge honorifique de Secrétaire du Roi. Il passe par le Prytanée de la Flèche et entre à l'école Saint-Cyr.

Promu lieutenant en 1830, il démissionnera de l'armée pour se consacrer à la politique.

 

En 1848, il est du côté de ceux qui acclament la République. Bourgeois voltairien, attaché aux valeurs de liberté et de progrès, il souhaitait que les ouvriers et paysans prennent conscience de leurs droits politiques dans la République, le régime idéal à ses yeux. Ami de Ledru Rollin fondateur de "la Solidarité républicaine", association pour le développement des droits et des intérêts de la démocratie. Il est le trésorier du Comité sarthois, directeur du "cercle de lecture des ouvriers". Cofondateur du "Bonhomme manceau", journal à prix modique accessible aux travailleurs peu fortunés.

 

1851: coup d'état du prince Louis Napoléon Bonaparte : la répression s'abat en Sarthe : 256 personnes sont arrêtées, 25 parviennent à s'enfuir dont Edouard de la Boussinière qui gagne Genève…. à pied. Il y restera quarante ans.

 

1890: il est de retour au Mans où son frère a testé en sa faveur lui léguant une immense fortune qu'il finira par abandonner pour se consacrer au service des idées démocratiques. C'est ainsi qu'il participe aux réunions de quartier organisées par La Libre Pensée du Mans (crée le 25 septembre 1883) aux côtés de Louis Crétois et Anselme Rubillard.

 

20 août 1893 : campagne des législatives : une réunion publique se tient dans la halle aux toiles (place d'Alger aujourd'hui); Rubillard se présente contre Vilfeu, député sortant, (destitué de son poste de substitut de l'empire par le régime républicain). C'est un  jeune avocat de talent, talentueux orateur. La salle comble est composée de monarchistes nostalgiques et de  radicaux, et de républicains. Ces derniers ont amené Edouard de la Boussinière, doyen de la Libre Pensée (il a 82 ans). Il prend alors la parole :

"Citoyens, par ma naissance, j'appartiens à la noblesse, mais je ne fais plus partie que d'une grande famille, la famille républicaine. Je ne suis pas connu de beaucoup d'entre vous car j'ai longtemps été en exil. Vous permettrez de prendre la parole à un ancien proscrit qui a sacrifié à la République sa fortune et sa liberté. Citoyen Vilfeu, vous  avez dit aux républicains : il n'y a rien qui nous sépare. Si, il y a un abîme entre nous, cet abîme, c'est votre cléricalisme. Citoyen Vilfeu, je vais vous poser trois questions, répondez-y franchement : Voulez-vous l'instruction laïque par l'état ? Voulez-vous la suppression des congrégations ? Si un coup d'état était tenté, jurez-vous à la face des électeurs de descendre dans la rue, ceint de votre écharpe, un fusil à la main, pour défendre la République ?

Désarçonné, empêtré par ses réponses approximatives, Vilfeu perdit ce jour les élections au profit de Rubillard.

 

Septembre 1900: à 89 ans, il accepte la présidence d'honneur de l'Université populaire. Il meurt le 14 décembre 1902.  Ses obsèques civiles sont célébrées en présence d'une foule nombreuse et de personnalités : Paul d'Estournelle de Constant, député, futur sénateur et prix Nobel de la paix prononce l'éloge funèbre, entouré du maire Paul Ligneul, des conseillers généraux Bouttié, Rubillard, Tironneau, du sénateur Cordelet, du receveur municipal Louis Crétois.

 

1902: la municipalité décide de donner le nom d'Edouard de la Boussinière à la place et à la rue Saint Germain.

 

En 1909, une souscription publique est lancée pour ériger un monument à sa mémoire avec son buste (qui fut enlevé par les Allemands en 1942). La stèle comportait l'inscription suivante, devise d'Edouard de la Boussinière : "Nous devons tout sacrifier à la République, la République ne nous doit rien".

 

Pour conclure, je citerai la dernière phrase de l'article d'Yves Demas*car elle interpelle en quelque sorte la Libre Pensée qui se fixe entre autre de réhabiliter publiquement la mémoire et le combat de nos républicains locaux : "Aucune des municipalités successives depuis la Libération n'a cru devoir restituer cette fière devise".

 

N'y a-t-il pas une initiative à prendre en ce sens auprès de la municipalité du Mans ?

 

Gérard Désiles


 

 

Sources:

*article  d'Yves DEMAS dans le bulletin de l'Amicale des Anciens élèves des Ecoles Normales, avril 2008. Merci à Jack Loiseau de l'avoir porté à ma connaissance.

*article  de la Vie Mancelle et sarthoise, n° 39. 2008.

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Rédigé par Libre Pensée 72

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