Publié le 26 Mars 2017

voici le discours prononcé par Hansi Brémond, pour la FNLP, au rassemblement pacifiste de Sartilly organisé par la LP de la Manche.

 

Amis, Citoyens, Camarades,

 

Je vous apporte ici le salut fraternel de la Fédération nationale de la Libre Pensée,  de son président Jean-Sébastien Pierre et de la Fédération nationale laïque des monuments pacifistes.

 

Je remercie les camarades de la LP50, les amis présents, notamment ceux de la Ligue des droits de l’Homme.

 

La Fédération nationale de la Libre Pensée se réclame depuis toujours de l’antimilitarisme internationaliste et pacifiste. Elle condamne toutes les guerres impérialistes et les « opérations extérieures » qui ne sont que relents de conquêtes colonialistes.

Le Congrès national de la Libre Pensée, réuni à Bourg-lès–Valence du 23 au 26 août 2016, a condamné les bombardements et les destructions menés partout dans le monde. La guerre est sur tous les continents et massacre des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards.

 

Depuis maintenant trente ans, la Libre Pensée a repris le combat des Fusillés pour l’exemple de la première guerre mondiale.

Ces hommes, paysans et ouvriers français, envoyés au front pour se battre contre d’autres ouvriers et paysans allemands.

Ces hommes qui dans l’enfer des combats, dans l’horreur des tranchées ont refusé ce pas de plus vers l’ignominie, ont refusé la guerre, où ceux qui ont été pris au hasard par l’autorité militaire, ces hommes dont les généraux fusilleurs ont voulu faire des exemples, ont été assassinés par des balles françaises, exécutés par leur compagnon d’infortune.

 

Ce fut par exemple le cas, des caporaux Maupas, Lechat, Lefoulon, Girard fusillés pour l’exemple en mars 1915 car leur compagnie n’est pas sortie des tranchées.

Ils ont finalement été réhabilités notamment grâce à l’action de notre camarade ; Blanche Maupas aidée par Eulalie Lechat… Pour autant 639 fusillés pour l’exemple morts par la France ne le sont toujours pas.

 

ET aujourd’hui, les généraux et les plus hautes autorités de la République se refusent à réhabiliter ces fusillés pour l’exemple, 100 ans après.

Ils s’y refusent alors que des milliers de citoyens le réclament chaque 11 novembre, ils s’y refusent alors que 34 conseils généraux, 3 conseils régionaux et plus de 2000 communes ont pris position pour la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple.

 

Le président du Conseil général de Corrèze devenu président de la République a oublié ses promesses, préférant se glisser dans la peau d’un petit Napoléon accompagné de ses généraux qui décident dans les bureaux dorés de l’Elysée de la vie ou de la mort de milliers d’individus.

 

Tout semble plus simple quand on envoie des drones tueurs. On bombarde des pays au nom de la prétendue lutte contre le terrorisme…

 

Mais qui a créé le monstre qui attaque en France ? Qui l’a armé ? Qui le finance ? Hier comme aujourd’hui, nul ne peut porter la guerre sur un territoire voisin, nul ne peut décider des frontières à la place d’un autre peuple sans qu’il y ait des conséquences dramatiques.

 

Le traité de Versailles et l’humiliation imposée au peuple allemand a été l’un des terreaux du nazisme, les deux guerres du Golfe et la libanisation de la Syrie n’ont pu qu’engendrer un agrégat de milices exhumant le fantasme d’un califat qui n’a jamais existé.

 

"On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels" disait Anatole France. Aujourd’hui comme hier, la guerre est une affaire de gros sous.

 

 

Pendant que les peuples souffrent, les industriels d’enrichissent…

 

Le journal La tribune l’annonçait en février dernier ; Le marché mondial de l'armement est au plus haut depuis la Guerre froide[1]

Ce marché juteux atteint les 370,7 Milliards de dollars...la France arrive 4ème des exportateurs d’armes dans le monde et l’entreprise Dassault a augmenté ses bénéfices de 67.5% en 2016 !!![2]

Là aussi le parallèle avec les années précédant les guerres mondiales est saisissant.

 

Comme le relèvent nos amis du Mouvement de la Paix, les généraux ont obtenu du pouvoir politique actuel que le budget des armées passe de 31,6 milliards aujourd’hui à  41 milliards d’euros en 2020 et qu’à la demande de l’OTAN,  le budget de la dissuasion nucléaire double aussi, passant à 6 milliards à l’horizon 2030.

 

Camarades, le monde sent la poudre ;

 

Les budgets de la défense dans le monde ont fortement augmenté en 2016, atteignant 1 570 milliards de dollars[3]

 

TRump veut augmenter de 54 milliards de dollar le budget de la défense des USA d’ici a 2018.[4]

La chine va augmenter son budget militaire de 7% en 2017.[5]

La Russie a pour sa part augmenté son budget militaire de 215 % depuis 2000[6]

 

Je pense à chaque fois à cette question lue sur le net : « combien cela couterait de nourri le monde ? Moins cher que de le bombarder ! »

 

Et selon, les bien-pensants qui menacent l’humanité entière pour satisfaire leurs profits, il faudrait ne voir de menaces que dans la radicalisation de quelques milliers de barbares islamistes ?

 

N’y a-t-il de radicalisation que celle de ces barbares prêts à tuer au nom de l’islam ?

A écouter certains « chantres » de la civilisation occidentale, je pense a Zemmour ou BHL, prôner des interventions militaires dans tous les coins du monde, n’est-on pas en droit de se demander si ce n’est pas le monde entier qui se radicalise ?

 

Les récentes élections en Autriche, aux USA, l’évolution de la situation en Russie ou en Turquie, les politiques menées contre les droits des femmes en Espagne ou en Pologne, les discours sécuritaires et de plus en plus xénophobes de certains candidats aux présidentielles en France, l’Etat d’urgence, l’assignation à résidence de militants écolos lors de la cop 21; la tentative d’interdire des manifestations en France… Tout cela ne constitue-t-il pas une forme de radicalisation généralisée ?

 

Plus le système capitaliste est incapable de satisfaire les besoins de l’humanité, plus il entraine les peuples dans des régressions, plus les élites ont besoin de modèles autoritaires et du secours des religions pour contrer les aspirations des peuples…

Il ne s’agit pas d’une simple lutte d’idées déconnectées de la réalité mais bien des conséquences concrètes de l’économie pourrissante.

 

Les peuples ne veulent pas être sacrifiés sur l’autel du capital, les dominants ont de plus en plus de mal à contrôler les choses… Il leur faut durcir leur discours, museler la démocratie, contenir et diviser les peuples. Dans cette tâche, ils peuvent compter sur les religions, facteurs de haine, de divisions et de résignation.

 

Que faire ?

Comme Jaurès en 1914, nous pensons qu’il y a une issue :

 

Il déclarait  le25 juillet 1914 : « Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui compte un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes, et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar. »

En cette année 2017, nous devons également suivre les exemples des mutins ou des révolutionnaires russes de 1917 !!

 

Amis, Citoyens, Camarades,

 

Le combat pour la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple, notre combat pour le refus de la guerre, pour la liberté de conscience du citoyen n’est pas un combat d’arrière garde…

 

La suède vient de rétablir le service militaire, la Lituanie a rétabli le service militaire, et dans le programme de certains candidats en France ; il y a le rétablissement du service militaire !

 

Notre combat pour la réhabilitation des fusillés est un combat de  justice mais c’est aussi un appel à l’ensemble des jeunes à qui l’on refuse un avenir serein…

 

Ne vous soumettez pas !

 

 Cette revendication s’appuie sur la liberté humaine et contre l’oppression qui faisait dire à Emmanuel Kant, il y  a bien longtemps : « Mais j’entends présentement crier de tous côtés : Ne raisonnez pas !

L’officier dit : Ne raisonnez pas, exécuter ! , le financier dit : Ne raisonnez pas, payez, le prêtre dit : Ne raisonnez pas, croyez ! »

 

Parce que la mémoire se dilue, qu’il est important de rappeler sans cesse que la grande boucherie de 14-18 a aussi connu ses fusillés pour l’exemple, ces jeunes désignés par le doigt hasardeux et assassin des généraux.

 

Nous appelons à l’érection d’un monument réhabilitant les 636 Fusillés pour l’exemple. Nous dresserons ce monument de pierre, pour que le temps et la mémoire ne puissent l’effacer des prochaines générations, sur la ligne de front. Là où ils ont souffert, là où ils sont morts.

 

Nous le dresserons pour rappeler ces cinq ans de barbarie où « "la France se préparait à produire de 10 à 12 000 obus par jour ; à la fin, son industrie devait en produire 200 000 par jour. »

 

Encore aujourd’hui, comme la balafre infligée à la mémoire des familles des descendants de fusillés, on retrouve les traces de ces engins de morts comme l’éternel rappel de la folie des militaires. C’est bien contre les guerres, ceux qui la déclenchent, la préparent et la mettent en œuvre que nous dresserons ce monument. Nous le dresserons parce que nous sommes aussi la République.

 

Nous appelons ici chaque citoyenne, chaque citoyen, à faire un don pour ériger ce monument, il n’y a que les citoyens conscients qui inscriront ce message de paix qu’est la réhabilitation dans la pierre.

 

En juin prochain à Angers, se tiendra un rassemblement régional similaire au notre qui sera une étape de plus vers la réhabilitation collective des Fusillés pour l’exemple.

Au Mans, nous organiserons un évènement autour des mutineries de 1917 en octobre prochain…

 

Plus largement, les laïques et les démocrates doivent se rassembler !

C’est le sens de l’appel des laïques !

 

Comme Maupas, Lechat, Lefoulon, Girard, nous refusons d’obéir !!!

 

Que chaque libre penseur diffuse et discute de nos positions, que chacun d’entre nous aide les laïques, les démocrates et les progressistes à se rassembler dans toutes les luttes pour ne pas céder le moindre centimètre carré aux réactionnaires de tout poil.

 

 

Maudite soit la guerre, a bas toutes les guerres,

Réhabilitation collective des Fusillés pour l’exemple

 

 

 

[1] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/le-marche-mondial-de-l-armement-au-plus-haut-depuis-la-guerre-froide-642341.html

[2] http://www.boursier.com/actualites/economie/les-etats-unis-dominent-toujours-le-marche-de-l-armement-mais-33843.html

[3] http://www.lepoint.fr/monde/budget-militaire-la-france-depensera-plus-que-la-russie-en-2017--12-12-2016-2089696_24.php

[4] http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/02/28/budget-militaire-les-faits-derriere-la-hausse-historique-de-donald-trump_5087086_3222.html

[5] http://www.france24.com/fr/20170304-chine-hausse-budget-militaire-2017-trump-menace

[6] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/782687/evolution-depenses-militaires-monde-carte

discours au rassemblement pacifiste de Sartilly - 12 mars 2017

Voir les commentaires

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #anti militarisme

Repost 0

Publié le 25 Mars 2017

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #annonces et infos lp 72, #Droit à la mort douce

Repost 0

Publié le 4 Mars 2017

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #Egalité, #liberté de conscience et de corps

Repost 0

Publié le 3 Mars 2017

Chers amis,

Je ne suis pas historienne, l’exposé qui va suivre sera simplement la vision d’une citoyenne qui s’est intéressée à la question des droits de l’homme à l’occasion de la dernière fête du 14 juillet à Courdemanche, avec l’aide d’ailleurs de personnes présentes dans cette salle aujourd‘hui.

Je vais aborder la question des droits de l’Homme sur le plan historique. Je parlerai des droits de la femme et de l’enfant et terminerai par la vision internationale des droits de l’Homme.

 

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen

votée le 26 août 1789 par la toute jeune assemblée nationale (17 juin les députés  du tiers considérant qu’ils représentent 96% de la nation se déclarent eux-mêmes AN ; devient le 9 juillet AN constituante ; le 3 septembre 91, met en place une monarchie constitutionnelle) est le texte fondamental de la Révolution française.

 

Nous nous intéresserons en premier lieu à l’historique

I On peut fixer les origines de la déclaration des droit de l’homme et du citoyen d’un point de vue philosophique et juridique

1 Voyons les PRINCIPAUX ASPECTS PHILOSOPHIQUES

Ils s’inscrivent dans une  très longue évolution dont on peut marquer la naissance dés *l’Antiquité : au 5ème siècle avant notre ère les philosophes grecs proclament que tous les hommes sont égaux de nature (bien évidemment les esclaves en sont exclus). Platon et son disciple Aristote parlent du principe d’une NATURE UNIVERSELLE de l’homme ; les fondements de la vie humaine en communauté sont la Liberté, l’Egalité et la Justice (déjà !)

Puis remarquons une étape fondamentale

*Au XIIIème siècle en Angleterre la Grande Charte des Libertés, dite Magna Carta de 1215, confirmée en 1297 remet en cause l’arbitraire royal en instituant trois idées essentielles que sont

-le gouvernement par la loi,  limitant les pouvoirs féodaux,

-la séparation des pouvoirs et

-la garantie des libertés.

Enfin

*Au XVIIIème siècle, se développent l’humanisme et la liberté de penser. Les philosophes du siècle des Lumières, à la recherche de  ce qu'est l'Homme, puisent dans les racines de la philosophie antique, du courant scientifique prôné au XVIème siècle par Copernic, puis au XVIIème siècle par Galilée ; de même, ils se réfèrent à la théorie de la gravitation universelle énoncée par Newton dans ses Principia (fin XVIIème siècle), sans oublier les sciences politiques nées des écrits de Montaigne et de la Magna Carta. Ils cherchent à comprendre ce qui pourrait justifier les différences que l'on observe entre les riches et les pauvres, les puissants et les misérables.

 

C’est ainsi que

*Le Siècle des lumières qu’il est d’usage de dater de 1715 à 1789, amène un profond changement des mentalités. La connaissance, l’esprit critique et la réflexion politique se développent. La tolérance aux croyances des autres devient une valeur positive.

La tête de file en est Voltaire. Il se bat contre le fanatisme religieux, et lutte dans ses écrits pour la tolérance et la liberté de penser. Il est pour ses écrits emprisonné 11 mois à la Bastille et doit plus tard s’exiler en Angleterre, puis en Suisse.   

Diderot  et d’Alembert rédigent l’Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des arts et des métiers en 28 volumes, écrite sur 24 ans qui a pour but de mettre le savoir à la portée de tous. Cible de la censure en France, elle est achevée dans la clandestinité.

Rousseau avec son Contrat Social ou Principe du droit politique apporte sa vision nouvelle de la philosophie politique. Il affirme le principe de souveraineté du peuple appuyé sur des notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale.

A cette époque, les conditions de vie sont très dures pour la majorité de la population. La lecture toutefois commence à se démocratiser : de plus en plus de personnes de classes "moyennes" peuvent lire les travaux des encyclopédistes, les articles de journaux se développent : les idées des Lumières se répandent !

 

2. Voyons maintenant comment ces idées se sont retrouvées traduites dans des Constitutions qui précèdent la Déclaration des droits de l’Homme et l’ont inspirée.

- En premier lieu tout d’abord citons la  République Corse de Pascal Paoli de 1755, la première république démocratique moderne d’Europe, qui institue la séparation des pouvoirs législatif et exécutif et le suffrage universel ; la convention accordait déjà le droit de vote aux femmes célibataires ou veuves

- Vint ensuite la République américaine. Inspirée par la constitution de Pascal Paoli, la convention est adoptée en premier lieu par la Virginie en 1776 puis ratifiée entre 1787 et 1790 par les 13 Etats de la fédération de l’époque, sous la présidence de Georges Washington.

 

 

II Revenons maintenant en France avec à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proprement dite

Comme nous l’avons vu plus haut, alors qu'en Angleterre le pouvoir absolu du roi est limité depuis la Grande Charte de 1215, en France la royauté reste absolue : n'importe qui peut être emprisonné arbitrairement. Il n'y a pas de liberté de conscience, l'Eglise règle les croyances et la morale.

La revendication d'une place nouvelle dans la société pour chaque individu est inscrite le 26 août 1789 dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, votée je le rappelle, par les représentants du peuple français constitués en Assemblée nationale

 

1 SA FORME

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 comporte un préambule et dix-sept articles écrits dans une langue claire et concise, mais disposés sans grande logique

Les auteurs ont voulu faire une déclaration de principe de portée UNIVERSELLE, comme nous allons le voir tout de suite

 

2 SON CONTENU

  •  

LE PREAMBULE

Son préambule pose le principe des droits « naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, par conséquent imprescriptibles applicables en tous temps et en tous lieux ».

 

LES 17 ARTICLES

Rassurez vous je ne vais pas vous lire les 17 articles, mais seulement souligner qu’elle définit  4 droits imprescriptibles de l’homme tels qu’identifiés par la philosophie des lumières au XVIII° siècle

 

1) La  LIBERTE (art1 et 2) sous diverses formes :

LIBERTES INDIVIDUELLES : (art 7 à 9) notamment face au droit pénal : présomption d’innocence, obligation d'une motivation légale.

DE PENSEE ((art 10 et 11)

DE LA PRESSE (art 11)

DE CROYANCE (art 10)

La LIBERTE étant définie comme le droit de faire tout ce qui ne nuit point à autrui (art 4 et 5)

2) la PROPRIETE, inviolable et sacrée (art.17)

3) la SURETE

4) et enfin  la « RESISTANCE A L’OPPRESSION » des députés contre la monarchie

 

 

2) L'EGALITE ne fait pas partie des droits imprescriptibles, mais l'article premier affirme que les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droits . Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Ce principe se retrouvera constamment repris dans la législation révolutionnaire et républicaine, puis dans les déclarations de droits internationales, en s’étoffant, comme on va le voir.

3) LA FRATERNITE ne fait pas partie de la déclaration des droits de l’homme, mais apparaît le 14 juillet 1790 lors de la Fête de la Fédération sur le champ de Mars

 

 

QU’APPORTE LA DECLARATION DE 1789 ?

C’est une déclaration de principe de portée universelle contre l’absolutisme de l’ancien régime et la toute puissance du clergé

Née de la révolution bourgeoise de concert avec le peuple et la paysannerie, elle insiste surtout sur la destruction des privilèges et de ses abus.

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 comporte cependant  bien des lacunes : elle ne mentionne pas la liberté d'association ou d'enseignement, le droit au travail ou à l'instruction ; elle ne se soucie pas non plus des inégalités économiques et de l'oppression qui peut en résulter.

 

 Mais surtout, les femmes et les enfants, sans statut juridique, en sont exclus

 

LES DROIT DE LA FEMME, parlons-en.

En 1791 une femme Olympe de Gouges rédige en miroir de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen la déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne (art.1 : « la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit »), partant du principe que « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune »

En effet sous l’ancien régime, la femme est une incapable majeure, elle doit obéissance à son père puis à son mari, elle est ignorée dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La Convention refuse ce projet qui n’a donc pas eu de valeur légale, mais a une importance historique comme première déclaration universelle des droits humains.

Il y aura une petite avancée en 1792 lorsque la loi permet le divorce par consentement mutuel, avancée vite abolie en 1808 dans le code civil (Napoléon) qui institutionnalise l’infériorité de la femme qui « doit obéissance à son mari », celui-ci doit « protection à la femme ». On revient sur ce point à la condition de la femme sous l’ancien régime….

Il faudra attendre le Front populaire pour que l’incapacité civile de la femme mariée soit supprimée en 1938 : elle peut avoir une carte d’identité et un passeport, ouvrir un compte en banque, s’inscrire en faculté, par exp, sans l’autorisation de l’époux . Au mari : la fixation de résidence, la possibilité de s’opposer à l’exercice d’une profession et l’exercice de l’autorité paternelle. C’est seulement en 1944  que les femmes obtiennent les droits de vote et d’éligibilité qui deviennent alors à proprement parlé « universels ». C’est seulement en 1965 qu’une femme mariée peut exercer une profession sans l’accord de son mari et en 1975 que le législateur réintègre le  divorce par consentement mutuel.

 

Les Droits de l’Enfant

 

Les philosophes des Lumières abordent, les premiers, la question des droits de l’enfant, surtout du point de vue de l’éducation. Jean-Jacques Rousseau, dans son livre Emile ou De l’Education présente la pédagogie comme devant être attentive aux besoins de l’enfant.

 

- Il faudra attendre le milieu du XIX° siècle pour que le travail des enfants soit encadré  et progressivement interdit, en France et en Angleterre.

 

C’est ainsi qu’en 1841,  une première loi sur le travail des enfants est votée en France : les moins de 8 ans ne peuvent pas travailler dans une manufacture, et pour les plus de 8 ans, la journée est fixée à 8 heures de travail maximum, le travail de nuit étant interdit aux moins de 13 ans.

 

En 1889 , en France et en Angleterre, sont promulguées des lois sur la protection des enfants maltraités.

 

Au niveau international, les droits de l’enfant sont reconnus par la Société des Nations en 1924, et une étape opérationnelle est franchie après la seconde guerre mondiale, avec la création de l’UNICEF (Fonds des Nations unies de secours d’urgence à l’enfance), et la prise en compte des droits des enfants dans plusieurs  déclarations de l’ONU à partir de 1948. 

 

La  Convention internationale relatives aux droits de l'enfant (CIDE), énonce 4 grands principes :

-la non-discrimination (art.2),

-l’intérêt supérieur de l’enfant (art.3),

-son droit de vivre, de survivre et de se développer (art.6), et

-le respect des opinions de l’enfant (art.12).

 

La Convention CIDE est entrée en vigueur le 7 septembre 1990 : sur les 197 États signataires de la Convention, 196 ont ratifié la Convention. Les Etats-Unis  n’ont pas ratifié la Convention, cela serait dû au fait que certains États américains souhaitent pouvoir emprisonner des mineurs. La Cour suprême américaine acceptait que des États américains condamnent à mort des enfants jusqu’en 2005

La Somalie, le Soudan du Sud et la Palestine sont les derniers signataires en date.

 

Deux protocoles importants viennent prolonger la CIDE :

- à l’initiative de l’UNICEF, le congrès international de Stockholm d’aout 1996 déclare s’opposer à la vente d’enfants (GPA ?)à leur prostitution, et à leur implication dans la pornographie.

- la convention de Genève à l’initiative du Bureau international du travail (BIT) concernant l’interdiction des pires formes de travail de l’enfant du Bureau International du Travail de juin 1999  est entrée en vigueur en 2000

 

Et de nos jours qu’en est-il des droits de l’homme et du citoyen ?

 

 

- SUR LE PLAN NATIONAL

Regardons comment les Droits de l’Homme sont repris dans les deux Constitutions françaises d’après guerre

*Le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 (IV °République) reprend celui de la déclaration de 1789.

 Issu d’un contexte politique marqué par le programme de la Résistance, compromis entre le parti communiste français et la démocratie chrétienne, ce large préambule a quasiment la valeur d’une nouvelle Déclaration des droits de l’homme. Les principes politiques, économiques et sociaux y sont largement développés et seront consacrés par le Conseil constitutionnel.

 

La décision du 15 janvier 1975 du Conseil Constitutionnel consacre notamment le droit à la santé, l’égalité entre hommes et femmes, le droit d’asile, la liberté syndicale, le droit à l’emploi, le droit de grève.

 

 

                                                                                                                                         *Le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 (V° République) renvoie à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et au préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 : « le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et au principe de souveraineté nationale, tels qu’ils sont définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946 »

 

La décision du 16 juillet 1971 du Conseil Constitutionnel, relative à la liberté d’association, donne une valeur constitutionnelle au préambule de la Constitution de 1946 et à la Déclaration des droits de l’homme de 1789 en consacrant des textes qui n’étaient que déclaratoires

 

 

 

  • Sur le plan international

  •  

les Droits de l'Homme sont-ils une vision "occidentale" du monde ? Sont-ils valables pour tous les peuples, pour tous les êtres humains ?

 

Pour les peuples opprimés aux XIX° et XX° siècles (juifs d’Europe de l’est, Arméniens…), la France représente le pays des libertés et beaucoup ont trouvé refuge en France pour fuir les pogroms et les destructions de masses

Au XX° s des institutions sont venues réglementer les droits de l’homme à l’échelle internationale

Créée à la suite à la première guerre mondiale la Société des nations (SDN) qui se voulait le rempart à tout nouveau conflit, a été hélas impuissante à l’éviter

A nouveau aprés la deuxième guerre mondiale et la création de l’ ONU (Organisation des Nations Unies) en 1945, la communauté internationale jure de ne plus jamais laisser se produire des atrocités comme celles commises pendant ce conflit.

 

Le 10 décembre 1948, les 58 Etats membres qui constituaient alors l’Assemblée générale ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris.

Elle proclame dans son article 1 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

 

La portée juridique de cette Déclaration est faible. Il s’agit d’une résolution de l’Assemblée générale de Nations unies. Elle n’a donc pas la valeur juridique d’un traité international, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de dimension contraignante.

 

En revanche, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 et entrée en vigueur le 3 septembre 1953 rend contraignants certains droits comme par exemple:

  • Interdiction de la torture et des traitements inhumains

  • Interdiction de l’esclavage et du travail forcé

  • Droit à la liberté et à la sûreté,

  • Droit à un procès équitable

  • Droit au respect de la vie privée et familiale

  • Liberté de pensée, d’expression, de conscience et de religion, de réunion et d’association

 

 

  • Plus près de nous, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne du 18 décembre 2000 énonce : « Est interdite, toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle. »

 

Cependant les droits de l’Homme sont souvent bafoués aujourd’hui dans le monde, comme la torture et la peine de mort

La torture

La torture est proscrite par le droit international depuis la fin de la seconde guerre mondiale..

La Convention  de l’ONU contre la torture de 1984 exige de tout Etat qu’il prenne « des mesures pour empêcher que des actes de torture soient commis dans tout territoire sous sa juridiction », indiquant « qu’aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit ne justifie la torture », écartant toute évocation d’ordre supérieur (même pour sauver des vies, argument fallacieux utilisé lors de la guerre d’Algérie).

Toutefois, la torture est encore pratiquée de par le monde, que ce soit en secret ou sous couvert de législations entretenant le flou sur la question. Il existe une Coalition des ONG internationales contre la torture (CINAT) qui regroupe Amnesty International, l’Association pour la prévention de la torture (APT), la Commission internationale de juristes (CIJ), …

En 2014, Amnesty International s’alarme de la « normalisation » des actes de torture dans 141 pays : notamment le Mexique, les Philippines, le Maroc, le Nigéria et l’Ouzbékistan. Elle dénonce la pratique « en plein essor » de ces sévices, « normalisés » par la guerre contre le terrorisme et « glorifiés » par des sériés télévisées.

 

 

La peine de mort

Aujourd’hui, plus des deux tiers des pays du monde ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique : 103 Etats ont aboli la peine de mort pour tous les crimes, et certains ne l’appliquent plus bien qu’ils ne l’aient pas abolie, soit 141 Etats au total. En revanche, la peine de mort est toujours appliquée dans 58 Etats et territoires. Parmi ces derniers, on peut citer les Etats-Unis, le Japon, la Chine, la Biélorussie, Cuba, la Thaïlande, …

Dans certains pays comme le Pakistan , la Chine,  la Corée du Nord, l’Iran et l’Arabie saoudite, les gouvernements continuent de se servir de la peine de mort pour éliminer la dissidence politique.

D’autres signaux alarmants : en 2016, le populiste Président des Philippines Duterte se compare à Hitler et se dit heureux de massacrer les drogués. En Turquie, le président Erdogan menace de rétablir la peine de mort. Les Etats Unis ont encore recours dans certains Etats à la peine de mort, et sous Georges Busch fils ont légitimé la torture sous prétexte de légitime défense après le 11 septembre.

 

En conclusion. La déclaration des droits de l’Homme a résulté d’une longue évolution de nos sociétés, depuis l’antique modèle Grec, jusqu’aux philosophes des lumières, en passant par la Charte d’Angleterre. Elle s’est étendue tardivement aux femmes et aux enfants. Elle a acquis progressivement une reconnaissance internationale.  Ses acquis sont cependant encore fragiles, ils exigent que l’on reste mobilisés  pour les défendre.

les droits de l'Homme par Dominique V, le 21 janvier 2017 à Courdemanche

Voir les commentaires

Rédigé par Libre Pensée 72

Repost 0