de l’attitude actuelle de l’Église catholique et du débat sur le mariage de personnes de même sexe

Publié le 1 Décembre 2012

L’Église catholique française semble être à l’heure espagnole. Elle se dresse vent debout contre le gouvernement de François Hollande, comme elle s’était dressée hier contre celui de José Luis Rodríguez Zapatero.

Pour faire oublier sa honteuse collaboration avec le régime de Vichy de Philippe Pétain à une époque où un grand nombre d’Évêques souhaitait  « la victoire de l’Allemagne nazie » et après une tentative hasardeuse de blanchissement des pétainistes à travers le MRP à la Libération, l’Église catholique ne s’est plus mise devant la scène pour laisser ses hommes, désormais dans tous les camps, défendre ses intérêts depuis l’avènement de la Ve République.

Depuis peu, l’épiscopat semble avoir opéré un tournant stratégique. Depuis la prière du 15 août 2012 jusqu’à ses déclarations récentes contre le mariage de personnes de même sexe, elle réinvestit l’arène politique, qu’elle avait fait semblant de quitter depuis longtemps. Faut-il le rappeler, l’Église catholique a toujours été une organisation politique, faisant de la politique et développant sa politique, notamment à travers sa Doctrine sociale si « divinement » mise en œuvre par l’Europe vaticane ?

La Libre Pensée s’amuse quelque peu des cris d’orfraie que poussent certains « laïques » en dénonçant le cléricalisme catholique. Au risque de décevoir, la Libre Pensée  se félicite que le Vatican jette aux orties son manteau de Noé et exprime ses positions réactionnaires et rétrogrades aux yeux de tous.

La liberté pour tous

La Libre Pensée ne s’associe nullement aux nostalgiques des miradors et des barbelés qui voudraient interdire à l’Église de s’exprimer. Ces gens-là ont une tradition : dès que l’on est en désaccord, ils en appellent à la répression. Hier, ils voulaient la police et l’armée dans les banlieues, aujourd’hui ils veulent l’Église catholique derrière les barreaux.

La Libre Pensée partage le point de vue de Rosa Luxembourg : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ». Elle n’appellera jamais à la répression contre quiconque. Sa position a été définie par Aristide Briand, libre penseur, au moment du débat sur l’adoption de la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905: « Pour nous, républicains, la Séparation, c’est la disparition de la religion officielle, c’est la République rendue au sentiment de sa dignité et au respect de ses principes fondamentaux. Ils lui commandent de reprendre sa liberté, mais ils n’exigent pas que ce soit par un geste de persécution. Ce que veulent les Libres Penseurs, c’est que vous arrachiez à l’Église, le bouclier officiel derrière lequel elle peut s’abriter contre les efforts de la Pensée Libre ; ce qu’ils ont seulement le droit d’exiger, c’est que l’État les mette face à face avec l’Église pour lutter à armes égales pour pouvoir opposer enfin en combat loyal, la force de la Raison aux brutalités du dogme. Je termine, si vous voulez que la Raison Libre ait un abri, construisez-le lui ; mais n’essayez pas de la faire coucher dans le lit de l’Église. Il n’a pas été fait pour elle ».

Pour la Libre Pensée, l’épiscopat catholique a parfaitement le droit de s’exprimer. Cela s’appelle la Démocratie. Le cléricalisme, ce n’est pas que les Évêques disent ce qu’ils veulent ; c’est que le gouvernement et les Institutions lui obéissent. Le cléricalisme, ce n’est pas que l’Église se prononce contre la contraception ; c’est que les pouvoirs publics étranglent financièrement les centres de Planning familial. Le cléricalisme, ce n’est pas que le Pape fulmine contre le port du préservatif ; c’est que l’ONU refuse de donner  les moyens de son utilisation en Afrique. Le cléricalisme, ce n’est pas que les Emirats arabes réclament l’application du Délit de Blasphème, c’est que l’Union européenne veuille le rétablir.

« Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »

Par un curieux retournement ironique de l’argumentation, des « laïques » déclament à tue tête : « Il faut interdire à l’Église catholique de s’exprimer. Elle ne doit pas faire de politique.» Si l’Église ne doit pas faire de « politique », c’est qu’elle n’est pas humaine puisque la politique, c’est l’organisation de la Cité humaine, mais d’une autre essence : divine peut-être ? Par un singulier clin d’œil de l’Histoire, ces « laïques » en viennent à vouloir faire croire à la nature extra-humaine de l’Église.

Rappelons aussi, pour l’Histoire, que c’est le Concordat de 1801 qui a organisé la police des cultes en interdisant au clergé de s’exprimer en « politique » et non la loi du 9 décembre 1905. Ces « laïques répressifs »  sont, en fait, des religieux qui s’ignorent. La vie ne fait jamais de cadeau à des gens qui oublient les principes fondamentaux de la République.

Puisque la Libre Pensée défend le droit de tous de s’exprimer en démocratie, il convient maintenant de dire ce qu’elle pense des positions exprimées par l’Église catholique.

Pour la pleine égalité des droits

La Libre Pensée est pour l’union libre. C'est-à-dire le droit à toute personne de vivre en commun avec qui elle le souhaite. Entre adultes consentants, sans violence, tout est permis. Bien que le mariage ne soit pas la tasse de thé des libres penseurs, la Libre Pensée se prononce pour la  liberté de mariage.

Le mariage n’est pas un acte sacré, c’est une convention, un contrat qui crée des droits et des devoirs. Sa forme a pu évoluer à travers l’Histoire, elle continue d’évoluer et évoluera encore demain. Rien n’est figé dans le marbre du dogme religieux. Le mariage, l’union entre des êtres, sont de nature humaine.

En conséquence, la Libre Pensée considère que le mariage civil doit être permis entre toutes personnes qui le désirent,  de quel que sexe qu’elles soient.

Qui définit quoi ?

L’identité des êtres humains se définit-elle par le sexe ou par la sexualité ? C’est un fait : il y a des hommes et il y a des femmes. Comme l’exception justifie la règle, il peut y avoir des êtres humains à la frontière fluctuante de ces deux sexes. Mais ce qui fonde l’identité d’une femme ou d’un homme, c’est son sexe, au sens générique du terme.

La sexualité s’inscrit dans un autre registre. Selon les goûts, les pratiques, les préférences, les affinités, elle peut être de telle ou telle nature. La sexualité est l’effet du sexe et non la cause. Elle peut varier selon les moments, la vie, les expériences. Elle peut donc être changeante et, dès lors, elle ne peut être l’identité des êtres humains. Elle en est une conséquence qui peut évoluer.

Cette situation « mouvante » ne peut donc être traduite de manière législative et réglementaire. Le « genre » n’est pas facteur de constitution d’une identité.

La question des enfants

Un couple composé d’un homme et d’une femme peut avoir un enfant. Si cela est impossible pour des raisons, notamment médicales, ces personnes peuvent adopter ou utiliser la Procréation Médicalement Assistée et devrait pouvoir aussi bénéficier de la Gestation pour autrui.

En conséquence de sa position sur l’union libre et de la  liberté de mariage, la Libre Pensée estime que la notion d’égalité des droits impose que les gens de même sexe qui forment  un couple doivent avoir strictement les mêmes droits en matière parentale. Ils doivent pouvoir adopter, utiliser la Procréation Médicalement Assistée et la Gestation pour autrui.

Sinon, la notion républicaine d’égalité des droits est bafouée. Sinon, nous sommes dans une société arbitraire.

La Fédération nationale de la Libre Pensée s’oppose donc résolument aux positions défendues par toutes les religions monothéistes et particulièrement, dans notre pays, par l’Église catholique. La Libre Pensée demande au gouvernement d’être fidèle au mandat républicain et ne pas céder devant les exigences des dogmes religieux. Il en va de la défense de la démocratie et du respect de la laïcité.

Paris, le 21 Novembre 2012.

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Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #liberté de conscience et de corps

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