Républicain, Libre Penseur et proscrit de l'empire : Edouard de la Boussinière

Publié le 3 Mai 2009

Au Mans, une rue, une place, une école portent le nom d'Edouard de la Boussinière.

 

Qui était-il ?

 

Il naît au Mans le 25 mars 1811 dans une famille dont ses ancêtres les Prudhomme se sont parés du titre de sieur de la Boussinière en 1722 puis anoblis en achetant une charge honorifique de Secrétaire du Roi. Il passe par le Prytanée de la Flèche et entre à l'école Saint-Cyr.

Promu lieutenant en 1830, il démissionnera de l'armée pour se consacrer à la politique.

 

En 1848, il est du côté de ceux qui acclament la République. Bourgeois voltairien, attaché aux valeurs de liberté et de progrès, il souhaitait que les ouvriers et paysans prennent conscience de leurs droits politiques dans la République, le régime idéal à ses yeux. Ami de Ledru Rollin fondateur de "la Solidarité républicaine", association pour le développement des droits et des intérêts de la démocratie. Il est le trésorier du Comité sarthois, directeur du "cercle de lecture des ouvriers". Cofondateur du "Bonhomme manceau", journal à prix modique accessible aux travailleurs peu fortunés.

 

1851: coup d'état du prince Louis Napoléon Bonaparte : la répression s'abat en Sarthe : 256 personnes sont arrêtées, 25 parviennent à s'enfuir dont Edouard de la Boussinière qui gagne Genève…. à pied. Il y restera quarante ans.

 

1890: il est de retour au Mans où son frère a testé en sa faveur lui léguant une immense fortune qu'il finira par abandonner pour se consacrer au service des idées démocratiques. C'est ainsi qu'il participe aux réunions de quartier organisées par La Libre Pensée du Mans (crée le 25 septembre 1883) aux côtés de Louis Crétois et Anselme Rubillard.

 

20 août 1893 : campagne des législatives : une réunion publique se tient dans la halle aux toiles (place d'Alger aujourd'hui); Rubillard se présente contre Vilfeu, député sortant, (destitué de son poste de substitut de l'empire par le régime républicain). C'est un  jeune avocat de talent, talentueux orateur. La salle comble est composée de monarchistes nostalgiques et de  radicaux, et de républicains. Ces derniers ont amené Edouard de la Boussinière, doyen de la Libre Pensée (il a 82 ans). Il prend alors la parole :

"Citoyens, par ma naissance, j'appartiens à la noblesse, mais je ne fais plus partie que d'une grande famille, la famille républicaine. Je ne suis pas connu de beaucoup d'entre vous car j'ai longtemps été en exil. Vous permettrez de prendre la parole à un ancien proscrit qui a sacrifié à la République sa fortune et sa liberté. Citoyen Vilfeu, vous  avez dit aux républicains : il n'y a rien qui nous sépare. Si, il y a un abîme entre nous, cet abîme, c'est votre cléricalisme. Citoyen Vilfeu, je vais vous poser trois questions, répondez-y franchement : Voulez-vous l'instruction laïque par l'état ? Voulez-vous la suppression des congrégations ? Si un coup d'état était tenté, jurez-vous à la face des électeurs de descendre dans la rue, ceint de votre écharpe, un fusil à la main, pour défendre la République ?

Désarçonné, empêtré par ses réponses approximatives, Vilfeu perdit ce jour les élections au profit de Rubillard.

 

Septembre 1900: à 89 ans, il accepte la présidence d'honneur de l'Université populaire. Il meurt le 14 décembre 1902.  Ses obsèques civiles sont célébrées en présence d'une foule nombreuse et de personnalités : Paul d'Estournelle de Constant, député, futur sénateur et prix Nobel de la paix prononce l'éloge funèbre, entouré du maire Paul Ligneul, des conseillers généraux Bouttié, Rubillard, Tironneau, du sénateur Cordelet, du receveur municipal Louis Crétois.

 

1902: la municipalité décide de donner le nom d'Edouard de la Boussinière à la place et à la rue Saint Germain.

 

En 1909, une souscription publique est lancée pour ériger un monument à sa mémoire avec son buste (qui fut enlevé par les Allemands en 1942). La stèle comportait l'inscription suivante, devise d'Edouard de la Boussinière : "Nous devons tout sacrifier à la République, la République ne nous doit rien".

 

Pour conclure, je citerai la dernière phrase de l'article d'Yves Demas*car elle interpelle en quelque sorte la Libre Pensée qui se fixe entre autre de réhabiliter publiquement la mémoire et le combat de nos républicains locaux : "Aucune des municipalités successives depuis la Libération n'a cru devoir restituer cette fière devise".

 

N'y a-t-il pas une initiative à prendre en ce sens auprès de la municipalité du Mans ?

 

Gérard Désiles


 

 

Sources:

*article  d'Yves DEMAS dans le bulletin de l'Amicale des Anciens élèves des Ecoles Normales, avril 2008. Merci à Jack Loiseau de l'avoir porté à ma connaissance.

*article  de la Vie Mancelle et sarthoise, n° 39. 2008.

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #histoire locale

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