deux poèmes de Prévert

Publié le 11 Juin 2008

JE VOUS SALIS, MA RUE
 

Je vous salis ma rue

et je m’en excuse

un homme-sandwich m’a donné un prospectus

de l’Armée du Salut

et je l’ai jeté

et il est là tout froissé

dans votre ruisseau

et l’eau tarde à couler

Pardonnez-moi cette offense

les éboueurs vont passer

avec leur valet mécanique

et tout sera effacé

Alors je dirai

je vous salue ma rue pleine d’ogresses

charmantes comme dans les contes chinois

et qui vous plantent au cœur

l’épée de cristal du plaisir

dans la plaie heureuse du désir

 Je vous salue ma rue pleine de grâce

L’éboueur est avec nous.

 

 

 

HOMMAGE AU LIT
 

Jamais il n’est dit

dans leurs litanies

et jamais n’est lu

dans leurs homélies

toujours la Sainte-Table

toujours le Saint-Siège

jamais le saint-lit

dans l’immobilier

de leur liturgie

O ma jolie

c’est la magie du lit

et grâce à elle

l’amour l’échappe belle.



Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #Littérature

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