Contre-révolution - résurgence ?

Publié le 14 Novembre 2007

Un article d'André Frey du printemps 2007
Deux articles de la presse locale (Le Maine Libre des 23/02/07 et 09/03/07) sous deux

rubriques "Histoire " et " Mémoire" nous informent que 8 députés, rejoints par M. Hervé de Charrette ont signé et déposé une proposition de loi, le 02 février 2007, comportant une article unique:

 
"La République Française reconnaît le génocide vendéen de 1793-1794"

 
Un exposé des motifs est censé justifier une telle déclaration. Il rappelle, en premier lieu un décret du 1er août 1793, voté par la Convention qui précise: " Le Comité ( de Salut Public) a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle" et un autre décret du 1er octobre qui exige: " Détruisez la Vendée". D'où cette justification de "génocide vendéen".

Essayons d'être un peu plus objectif quant à la réalité des faits, en remontant à leurs origines.

S'il est vrai que le nombre des victimes a été très important, s'agit-il pour autant d'un génocide et qui en est responsable?

Rappelons qu'un génocide est un acte d'extermination d'un peuple, d'une tribu, d'une ethnie, par un autre groupe humain.La guerre de Vendée entre-t-elle dans ce cadre?

 Les origines de la guerre de Vendée, (mars 1793) (1)

 La France révolutionnaire avait à peine déclaré la guerre à l'Europe monarchique qu'elle se trouva en péril mortel: coalition étrangère- défaite militaire- contre révolution animée par les aristocrates et les prêtres réfractaires- crise économique et poussée populaire conjuguèrent leurs effets.

Pour faire face, la Convention décrétât alors une levée de 300 000 hommes qui, si elle ne fût pas la cause profonde du soulèvement en Vendée, en fût du mois l'occasion.

Le 2 mars 1793, à Cholet, les paysans manifestent contre le levée, reportée au lendemain. Le 3, les jeunes déclenchèrent une bagarre. Le dimanche 10 mars, jour fixé pour le tirage au sort à Saint- Florent du Vieil, le tocsin sonne, les paysans s'armèrent de fourches, de faux ou de fléaux et dispersèrent les gardes nationaux.

Ce fut aux cris de " la paix, la paix, pas de tirement" que les paysans se soulevèrent. Ce 10 mars, ainsi que les jours suivants, depuis la côte jusqu'à Bressuire et Cholet, le caractère simultané du soulèvement autorise à penser qu'il fût concerté.

 " La Vendée était née"

Cette insurrection des paysans vendéens, excités par les prêtres réfractaires constitua alors la manifestation la plus dangereuse pour la Révolution; et les nobles, engagés avec les prêtres réfractaires dans la Contre Révolution, d'abord surpris, ne tardèrent pas à exploiter le soulèvement à leurs fins.

 Révolution, Contre révolution…. Le nœud du problème !

 Selon Pierre Pierrard ( historien catholique), dans son livre "l'église et la révolution ":

"De tous les pays qui ont eu des Révolution démocratiques modernes,- l'Angleterre, l'Amérique-, la France présente la singularité de reposer sur un acte fondamentalprofondément conflictuel: la Révolution de 1789/1799. C'est par rapport à elle que les Français se situent politiquement et idéologiquement".

Il en est de même pour l'Eglise, constitutionnelle au départ, qui va sombrer dans la contre révolution inconciliable, après les déclarations du pape Pie VI:

"La Révolution et la Contre Révolution, le révolutionnaire te le contre révolutionnaire sont des partenaires indissociables, le second étant comme le négatif du premier. La contre révolution n'est pas seulement une théorie, c'est un mouvement historique d'amplitude égale à celle de la Révolution, elle en est inséparable.

La Contre révolution n'est pas seulement un mouvement politique, c'est une conception globale du monde. A l'esprit révolutionnaire qui repose sur les prémisses idéologiques du droit naturel et sur une théorie de l'Etat et de la Société - elle-même dépendant étroitement d'une conception volontariste de l'Homme compris comme un individu doté de certains caractères permanents et voué au progrès indéfini, l'esprit contre révolutionnaire oppose la condamnation dans leur version absolue, de l'individualisme, du rationalisme, (la philosophie mécanique de façon générale), il rejette l'abus des principes abstraits au profit des personnes établies dans une hiérarchie permanente couronnée par la monarchie consacrée par Dieu".

 
Mais revenons en au déroulement des événements.

300px-Coeur-chouan.jpegDès le début de l'insurrection, plusieurs chefs lieux de district, notamment Cholet, tombèrent aux mains des insurgés. A Machecoul, pays de Retz, les bourgeois républicains furent torturés et massacrés. La guerre de Vendée prit alors un caractère inexpiable et une extension redoutable.

Les premiers chefs étaient sortis du peuple: Cathelineau, voiturier; Stofflet, garde-chasse; Souchu, receveur des gabelles; Gaston, perruquier.

Les nobles, tous anciens officiers, n'apparurent qu'en avril: Charrette dans le Marais; Bonchamps, d'Elbée dans les Mauges; Sapinaud dans le Bocage; La Rochejaquelain dans le Poitou. Un prêtre réfractaire, l'abbé Bernier siégeait au Conseil de l'armée catholique royale.

Comme les paysans répugnaient à s'éloigner de leurs paroisses, à laisser leurs métairies en souffrance, leurs chefs ne purent combiner de grandes opérations et en furent réduits aux simples coups de main, très meurtriers.

Les Vendéens n'en remportèrent pas moins d'importants succès. Ils furent maîtres de Bressuire, Cholet, Parthenay, Thouars, Saumur, mais échouèrent devant Nantes.

La côte fut préservée, empêchant les Vendéens de communiquer avec l'Angleterre.

L'ampleur du conflit amena la Convention à réagir. Elle décrétait, à l'unanimité, le 19 mars, la peine de mort contre les rebelles pris les armes à la main et la confiscation de leurs biens. En mai, elle se décida à envoyer, contre la Vendée, des troupes régulières prélevées aux frontières. Deux armées furent organisées, celle des Côtes de Brest sous Canclaux, et celle des Côtes de la Rochelle, sous Biron.

 

Cependant, dans l'ensemble du pays, la politique modérée et conciliatrice de la Convention montagnarde n'avait pu empêcher l'extension de la guerre civile. Dans les départements où ils étaient en force, les Girondins, écartés du pouvoir, se levèrent contre la Convention, la révolte fédéraliste s'étendit, alors qu'en Vendée, le conflit s'amplifiait. Vers la fin de juin, environ 60 départements étaient en révolte ouverte contre la Convention. Un nouveau Comité de Salut Public était alors mis en place et, sous la poussée populaire, la levée en masse était décidée..

 

La coordination de la conduite de la guerre allait donner une impulsion vigoureuse. 14 armées furent levées, équipées et armées. La troupe avait repris confiance. " la victoire ou la mort" fut le mot d'ordre des républicains. L'écrasement de la révolte vendéenne fut la suite des mesures énergiques prises par le Comité de Salut Public, toutes les forces républicaines étant réunies alors dans la seule armée de l'Ouest sous le commandement de Séchelle secondé par Kléber. Deux fortes colonnes républicaines parties de Niort et de Nantes, refoulant devant elles les forces rebelles firent leur jonction à Cholet, où les Vendéens furent écrasés le 17 octobre 1793. Mais La Rochejaquelain et Stofflet réussirent à franchir la Loire avec 20 000 à 30 000 hommes. Ils s'avancèrent jusqu'à Granville pour se saisir du port et tendre la main aux Anglais. Ils échouèrent devant Granville les 13 et 14 novembre, refluèrent vers le Sud, échouèrent de nouveau devant Angers, les 3 et 4 décembre, prirent enfin la route du Mans. Marceau et Kléber les écrasent dans une terrible bataille de rues au Mans. Les 13 et 14 décembre, les débris de l'armée vendéenne, dispersés ou anéantis à Savenay, sur l'estuaire de la Loire. Le 23 décembre, taillés en pièce, encombrés de non combattants, les "Brigands" repassent la Loire.

Pour la Convention, la Vendée ne présente plus un danger immédiat.

 Au début de 1794, les royalistes se ressaisissent, Charrette monte une campagne victorieuse dans la Marais et dans le Bocage. La Rochejaquelain et Stofflet dans les Mauges. A Cholet, à Beaupréau, à Bressuire, à Argenton le Château, les "Brigands" dispersent les Bleus (républicains).

Les principaux généraux vendéens encore vivants: Charrette, Stofflet, Sapinaud et Marigny tentent alors d'oublier leurs querelles intestines et d'unir leurs forces. Vainement. Ils en viennent même à fusiller l'un des leurs: Marigny.

 
La chute de Robespierre, le 9 thermidor (27 juillet 1794), amène la Convention à négocier. A la Jaunaye, le 17 février 1795, Charrette et Sapinaud signent la paix avec la République, Stofflet les imite à Saint Florent le Vieil le 2 mai.

 
Le 22 juin 1795, les hostilités reprennent. Elles seront fatales pour les royalistes. Manquant d'hommes valides, Stofflet et Charrette, pris l'un et l'autre seront fusillés, le premier à Angers, le 25 février 1796; le second à Nantes le 29 mars. Les généraux d'Autichamp et de Chatillon poursuivront un temps la lutte mais ils seront contraints de se soumettre après une nouvelle défaite aux Herbiers (les Aubrais).

 
Durant l'été 1796, la Vendée se pacifie progressivement. Il y aura bien quelques sursauts, notamment au début du Consulat et au retour de Napoléon de l'île d'Elbe, très vite réprimés. L'agitation cesse ensuite jusqu'en 1830 où la Vendée s'arme de nouveau contre "l'imposteur " Philippe d'Orléans, animée surtout par la duchesse du Berry, dans le dessein de restituer la couronne "aux héritiers légitimes" l'ex Charles X et son fils Henry V.

 En Conclusion :

 
Pourquoi de très long rappel des événements qui ont marqué ce que l'on appelle la guerre de Vendée? C'est un sujet relativement méconnu, malgré une abondante littérature commentant plus ou moins objectivement certains hauts faits de  ce conflit, selon les orientations personnelles "d'historiens" (ou raconteurs d'histoires) qui ont tendance, en général, à considérer les républicains comme de vilains agresseurs sanguinaires et les "Vendéens", les "Brigands", les "Chouans", comme de pauvres martyres, victimes de leur foi inébranlable, alors que ce sont bien ces derniers qui sont à l'origine de ce conflit.

D'où la nécessité de rappeler la chronologie des événements dans leur vérité historique, en ne reprenant en compte que les faits qui font l'unanimité des histories, donc avérés.

S'il est vrai qu'il y a eu un nombre considérable de victimes, de chaque côté, c'est que les affrontements entre les deux camps ont été multipliés, s'apparentant davantage à une guérilla permanente entre des adversaires fanatisés, de part et d'autre.

 
Mais en aucun cas, on ne peut parler de génocide.

 
On est donc en droit de se poser une question: Pourquoi un tel projet de loi?

Ma réponse relève de réflexions personnelles. Il ne s'agit pas, à mes yeux, d'une démarche anodine. Déposer un tel projet de loi, alors que les candidats à la présidence de la République sont déjà en pleine campagne électorale a forcément une signification.

Nous savons que les attaques contre la laïcité de l'Etat se multiplient, et, parmi les candidats, certains ont déjà marqué des velléités d'abonder en ce sens.

Par ailleurs, pas un seul, tout au moins ceux qui ont déjà eu la possibilité de s'exprimer dans les médias, n'a éprouvé le besoin de se déterminer clairement sur ce sujet, pourtant primordial pour l'avenir du débat social.

D'autre part, reconnaître officiellement que la République se serait livrée à un génocide à l'encontre des croyants vendéens, reviendrait, en définitive, à condamner, à jamais, la laïcité de l'Etat.

Nous seront fixés sur leurs intentions (des candidats) selon leurs réponses au questionnaire clair, net, précis, qui leur a été adressé par la Libre Pensée.

 
André FREY

 

(1) Références historiques:

·        "Histoire de la Révolution" d'Albert Soboul, (Idées Gallimard)

·        "Dictionnaire de l'Histoire de France" sous la direction de Alain Decaux et André Castelot, (France Loisirs)

·        "L'Eglise et la Révolution" de Pierre Pierrard (Nouvelle cité)

·        " La Vendée en armes" de jean François Chiappe (Librairie académique Perrin)

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #Revolution Française

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