Féminisme ou féminismes ? ou le féminisme bourgeois et à géométrie variable d'Elisabeth Badinter et d'autres...

Publié le 5 Juin 2017

Aujourd’hui, tout le monde se réclame du féminisme y compris les forces les plus réactionnaires. Pour l’Eglise, dans l’encyclique mulieris dignitate, il s’agit de coller aux revendications féministes sans remettre en cause l’essentiel ; les hommes et les femmes sont déterminés par leur sexe et se réalisent dans des rôles différents. La femme étant prédestinée au don de soi.  Chez les musulmans, là aussi, un discours inégalitaire est présenté comme féministe : les interdits et les obligations imposées aux femmes seraient des moyens de les protéger.

Quand on se penche sur les textes des religions du livre, les choses sont encore plus explicites ; les femmes sont des tentatrices, des êtres inférieurs, moins sensibles aux choses religieuses, moins intelligentes et surtout elles sont assignées à résidence pour s’occuper de l’intérieur pendant que les hommes s’approprient l’extérieur et la société entière. Il s’agit pour l’essentiel de contrôler leur corps, leur conscience et par la même, de garantir la propriété et la descendance. Un véritable contrôle social s’exerce alors sur les femmes, comme propriété des hommes. L’adultère est par exemple plus facilement pardonné pour ces messieurs quand les femmes seront rejetées, recluses, parfois punies par la mort.

Fort heureusement, l’idée de l’égalité des sexes progresse depuis au moins le siècle des lumières, pour autant, même en occident ceux qui s’en réclament cachent parfois un vieux fond d’inégalitarisme.

Comment ne pas faire un bond quand on entend des politiques comme Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen se poser en féministe ?

 

Progrès ou stigmatisation d’une partie de la population.

Il s’agit en fait pour ces nouveaux « féministes » de prétexter ce combat pour mieux alimenter leur fonds de commerce à savoir la lutte de l’occident chrétien contre la prétendue invasion arabo musulmane. Les femmes musulmanes deviennent un enjeu. Et ces nouveaux « laïques », « féministes » se réclament du progrès pour mieux stigmatiser une partie de la population. Dans le même temps, les mêmes, ferment des centres d’accueil pour femmes en détresse, coupent des subventions aux associations d’aide aux femmes, prônent la limitation voire l’interdiction du droit à l’IVG et réduisent le combat pour l’égalité à une question de tenue religieuse.

Les différents débats des années passées ont révélé ce qui se cachait derrière ces discours ; Babyloup, la burka, le burkini… A chaque fois, l’obsession du voile l’emporte sur tout… Mieux vaut licencier une salarié d’une crèche privée qui porte le voile plutôt que de se battre pour que des crèches publiques ouvrent massivement. Des femmes sortent dans la rue en burka… mieux vaut les interdire et les renvoyer chez elles. Des femmes se baignent à la plage en burkini, même chose.

A chaque fois, on nous affirme que la laïcité est menacée. A quel moment la séparation des religions et de l’Etat a été remise en cause ? Parle-t-on d’élus ou de fonctionnaires dans l’exercice de leur fonction ?

Pourquoi ces mêmes « féministes » ne se sont jamais offusquées de la présence de bonnes sœurs en tenue dans différents lieux de la société (plage, hôpitaux parfois…) ? Pourquoi ces laïques focalisent seulement sur les tenues des femmes musulmanes et pas des hommes ?

Pourquoi, cet été, de l’extrême droite à la gauche (Valls par exemple) tout le monde s’est offusqué par quelques burkinis mais personne n’a réagi quand une haute fonctionnaire de l’état accompagnant François Hollande en délégation auprès du pape a dû porter la mantille[1] ?

Il en est du féminisme comme de la laïcité, beaucoup s’en réclament sans chercher à réellement faire progresser les choses ? Que ces femmes portent ces tenues d’elles-mêmes ou que ce soit imposé par un homme, une famille ou un groupe religieux, c’est déjà un élément de défaite pour les obscurantistes si celles-ci se baignent en public, travaillent, gagnent leur salaire, se mettent au contact de la société.

Il ne suffit pas de faire des grands discours « progressistes », l’émancipation des individus passent d’abord et avant tout par l’instruction et l’émancipation sociale. Gagner son salaire, pouvoir s’émanciper économiquement, pouvoir quitter son foyer, divorcer, reprendre ses études, bénéficier d’une protection sociale, de lois qui donnent à chaque individu le droit de disposer de son corps et de sa conscience, voilà autant d’éléments qui permettent aux individus homme ou femme de s’émanciper. Pour contredire Valls, Marianne n’est pas libre parce qu’elle peut sortir un sein, elle est libre car elle a conquis des lois et des droits… et par ailleurs Marianne n’a pas encore obtenue l’égalité notamment l’égalité salariale. Pire les différentes contre-réformes sur les retraites, la précarisation des contrats de travail ou la loi travail vont amplifier les inégalités hommes femmes en fragilisant d’autant plus ces dernières.

 

Le féminisme bourgeois.

Ainsi selon Valls et les polémiqueurs du burkini, être en bikini serait un symbole de la liberté des femmes en occident ? Ah ? Le fait que les occidentaux hommes ou femme cachent une partie de leur nudité, n’est-ce pas la preuve que nos sociétés ne se sont pas encore complètement dégagées des discours religieux sur le corps ? La liberté consisterait plutôt à ce que chaque individu homme ou femme ne se fasse pas imposer sa façon d’être ou de se vêtir. Hormis les écoles publiques, les mairies, et ce qui relève de la laïcité on ne peut interdire de tenue religieuse ou imposer une tenue de baignade officielle sur les plages… Dans les piscines municipales, c’est pour des raisons d’hygiène que les règlements imposent la réduction de la surface en tissu.

Ces pseudos progressistes ont une logique étonnante et pleine de contradictions. Prenons l’exemple d’Elisabeth Badinter, féministe reconnue et adulée par certains, soutien de Valls dans la dernière période. Celui-ci se réclamant par ailleurs d’elle et de caroline Fourrest lors du deuxième débat des primaires de la gauche.

Suite à l’affaire babyloup, Badinter réclame que le voile soit interdit dans les lieux d’accueil de la petite enfance sans faire de distinction entre les services publics et privés. N’est-ce pas une remise en cause du principe de laïcité ou du moins une confusion des genres ? Faut-il, du coup, interdire les signes religieux dans toutes les écoles privées ? Ou alors ne faudrait-il pas demander l’ouverture de plus de crèches publiques et l’arrêt des subventions de la République aux établissements privés ? Au même moment, en mars 2013, cette philosophe et femme d’affaire mettait sur le même plan terrorisme et voile en affirmant "D’un côté, on commémore les victimes de Mohamed Merah et on veut combattre l’islamisme radical et de l’autre on laisse faire l’entrisme de ces islamistes dans des crèches de quartier. Il faut absolument réagir très vite[2]."

En 2003 déjà, elle déclarait « depuis longtemps, dans la société française de souche, que ce soit le judaïsme ou le catholicisme, on ne peut pas dire qu’il y ait une oppression des femmes[3] » niant ainsi l’immensité des problèmes de sexisme qui touchent les femmes y compris en occident : salaires, violences, préjugés… Son féminisme est-il progressiste s’il participe de ce genre de confusion hallucinante ?

Pire au nom d’un certain communautarisme féminin elle en arrive à une prise de position des plus déconcertantes. En février 2017, Badinter, interrogée sur France inter au sujet de la possible victoire de Marine Le Pen aux présidentielles, rappelle son engagement contre le FN, sa démystification du féminisme version Marine Le Pen mais déclare tout de même « C'est peut-être une victoire du féminisme, c'est pas une victoire de la démocratie.[4] »

Comment dissocier féminisme et démocratie ? Marine Le Pen anti-IVG, anti-contraception, représentante de la réaction pourrait tout de même faire avancer la cause « féministe » si elle est élue, pour la simple et bonne raison que c’est une femme ?

Il y aurait une communauté des femmes qui aurait tout de même quelque chose à gagner si Marine le Pen accédait au pouvoir, sachant que sa conception politique s’oppose en tout point à l’égalité des droits entre les hommes et les femmes ?

 

Le féminisme tant qu’il n’entrave pas les affaires…

En avril 2016, Badinter soutenait Laurence Rossignol dans sa campagne de boycott des marques qui vendaient des foulards en France. Voici un extrait d’une interview du Monde[5] « Interrogée sur ces marques qui, comme H&M et Dolce & Gabbana, lancent des articles de mode islamique, la ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, Laurence Rossignol a fait un parallèle entre les femmes voilées et les esclaves noirs américains. Une comparaison fautive ? [Bandinter répond] :

La ministre a eu un mot malheureux en parlant de «  nègres  », mais elle a parfaitement raison sur le fond. Je pense même que les femmes doivent appeler au boycott de ces enseignes. »

Badinter prend là une position logique vis-à-vis d’elle-même, seulement cette logique s’arrête là où commencent ces intérêts personnels.

Quand des femmes engagées politiquement, des écologistes pour la plupart, prendront la parole pour dénoncer les agressions qu’elles ont subies de la part de Denis Baupin, Badinter concèdera que celles-ci sont « dignes et impressionnantes » mais s’empressera de rajouter au sujet de la polémique contre Baupin qu’elle « ne supporte pas les chasses à courre, les effets de meute ». La légitime dénonciation du machisme voire des agressions sexuelles en politique se réduirait à une chasse à courre contre ce pauvre Baupin ? Celle-ci d’affirmer plus loin que la mentalité des hommes a changé (et elle revient à sa grande passion) mais « n'a malheureusement pas eu lieu dans la communauté musulmane[6] ». On défend ses alliés politiques et on s’en prend toujours aux mêmes.

Libres penseurs nous pensons, nous aussi que les religions monothéistes dont l’islam sont réactionnaires et sexistes. Badinter est virulente contre l’islam mais oublie les autres grandes religions. Pour autant, quand il s’agit d’argent, même son combat contre l’islam, devient fluctuant.

Voici de larges extraits d’un article de LCI[7] qui soulève les contradictions de Badinter lors de la campagne de boycott précédemment citée : « si cet entretien, dans la lignée de la pensée développée par la philosophe, n’a rien de surprenant en soi, il l’est davantage lorsqu’on le confronte à la récente mission confiée à Publicis, entreprise fondée par son père, le célèbre publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet. Une agence de communication dont Elisabeth Badinter est aujourd’hui première actionnaire et présidente du conseil de surveillance. L’une de ses filiales, Mediavision, embauche par ailleurs ses deux fils, Simon et Benjamin Badinter. Cette nouvelle mission, c’est le magazine Challenges qui la révèle au début du mois d’avril. Une information plutôt passée inaperçue, selon laquelle Publicis serait désormais en charge d’assurer une partie de la communication… de l’Arabie Saoudite. Ce lien, pour le moins inattendu, avec un pays qui n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 2011, a de quoi interroger.

[…] nous finissons par être mis en contact avec Roman Abreu. Directeur chez Publicis des affaires publiques, de la communication financière et de la gestion de crise, il est l’interlocuteur privilégié de l’ambassadeur saoudien en France, Dr Khalid Al-Ankari. "Mon rôle est de gérer les relations presse de l’Arabie Saoudite en France, d’assurer sa communication sur les réseaux sociaux et de mettre en contact ses représentants avec diverses personnalités publiques", nous détaille-t-il. "[…] Et l’intellectuelle en question, qu’en pense-t-elle ? Son amie éditrice Micheline Amar, chargée de répondre à sa place aux sollicitations des journalistes, précise d’emblée "qu’elle n’accepte aucune demande d’interview", "pas même celle de Delahousse". L’interview donnée au Monde ? "Elle était prévue il y a longtemps", nous rétorque-t-on. Et au sujet de cette nouvelle mission qui incombe à Publicis, nous recevons une réponse aussi énigmatique que laconique : "Elle ne mélange pas les genres. "

Et pourtant. Ce n’est guère la première fois que les positions de la philosophe et ses obligations de femme d’affaire entrent en conflit. Plusieurs spots publicitaires produits par Publicis, par le passé ont pu avoir une teneur jugée profondément sexiste. Citons, pêle-mêle, cet homme qui, souhaitant changer de vie, troque sa copine contre une fille en bikini mais garde sa Clio. Ou encore ce petit garçon malade qui attend "le bon geste d’une maman" grâce à la pommade Vaporub. Mise face à ses contradictions par le site d’information Rue89 en 2010, Elisabeth Badinter ne s’était, une nouvelle fois, fendue d’aucun commentaire. Quarante-septième fortune française, héritière du numéro deux mondial de la publicité, elle préfère se retirer en campagne "pour écrire sur les philosophes des Lumières", selon son attachée de presse. »

Notons enfin à propos de Badinter, la chef d’entreprise, que Publicis fut une des rares entreprises où les syndicats appelèrent à la grève à l’occasion de l’appel du 7 novembre à 16h34[8]. « L’initiative de la newsletter féministe Les Glorieuses, qui visait à dénoncer les inégalités salariales entre hommes et femmes, avait fait écho auprès des salarié(e)s de Publicis. Car au sein de ce grand groupe de communication, dont le conseil de surveillance est présidé par la philosophe et féministe notoire Elisabeth Badinter, l’égalité professionnelle semble encore demeurer, comme souvent ailleurs, un vœu pieux. C’est en tout cas le constat des représentants du personnel. A la mi-octobre, ils ont rédigé une lettre ouverte à l’intention d'Elisabeth Badinter. "Allaitement, laïcité, parité, etc. La cause des femmes semble vous préoccuper à chaque instant, mais quand oserez-vous enfin balayer devant votre porte ?" demandent-ils ainsi à la présidente du conseil de surveillance. (…) "Comment se fait-il que les femmes de Publicis soient toujours moins bien payées que les hommes ? Pourquoi leur turn-over est-il beaucoup plus élevé que celui des hommes, et pourquoi quittent-elles Publicis passé 40 ans car elles subissent toujours le plafond de verre ?".

 

Le féminisme, c’est-à-dire la lutte pour l’égalité totale des droits entre hommes et femmes, suppose de nombreux combats : démonter les préjugés sexistes,  combattre les crimes et les atteintes faites aux femmes mais aussi et surtout cela suppose des batailles concrètes, loin des grands discours et des belles théories des féministes bourgeoises.

 

Plusieurs questions se posent alors aux progressistes et aux libres penseurs : Tous ceux et toutes celles qui se revendiquent du féministe sont-elles ou sont-ils réellement égalitaristes et progressistes ?

Le combat féministe est-il un combat des femmes contre les hommes ou un combat des progressistes (hommes et femmes) contre les réactionnaires (hommes ou femmes) ?

A ces féministes qui se préoccupent du sort des femmes du moyen orient ? Avez-vous manifesté contre les interventions militaires occidentales qui ont aggravé leur situation ?

Autre question, peut-on être féministe et soutenir des gouvernements qui ferment des lits d’hôpitaux, des maternités, baissent les subventions aux associations d’aide aux femmes ? Peut-on défendre l’égalité des sexes au Moyen Orient sans se battre contre les théocraties soutenues par l’occident, sans se battre contre les guerres imposées aux peuples ?

Peut-on être féministe sans s’inscrire dans la lutte des classes et réclamer avec les syndicats, l’égalité salariale, le respect des contrats de travail, des conventions collectives, l’abrogation de la loi El Khomry ? On sait que les femmes sont plus touchées que les hommes par la précarisation des contrats de travail… Le capitalisme s’appuie sur le sexisme et le renforce. L’Egalité peut-elle exister dans un monde qui refuse à l’immense majorité d’avoir un vrai travail, un vrai salaire, un logement décent ou l’accès à une véritable instruction ?

Le féminisme peut-il ne combattre qu’une seule religion en oubliant toutes les autres ?

L’égalité des sexes et l’émancipation du genre humain ne peut pas se laisser abuser par des sauveurs suprêmes, des guides, qui lancent des mots d’ordre creux, et des grandes analyses coupées de la lutte concrète.

 

Hansi Brémond

 

 

 

 

 

[1] http://www.huffingtonpost.fr/2016/08/20/conseillere-elysee-hollande-voile-pape_n_11635698.html?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001

[2] http://www.elle.fr/Societe/Interviews/Elisabeth-Badinter-Il-faut-d-urgence-une-loi-sur-le-voile-pour-la-petite-enfance-2408590

[3] Élisabeth Badinter, La victimisation est aujourd’hui un outil politique et idéologique, Propos recueillis par Véronique Helft-Malz et Paule-Henriette Lévy, L’Arche no 549-550, Novembre-Décembre 2003.

[4] http://www.lci.fr/societe/pour-elisabeth-badinter-l-election-de-marine-le-pen-serait-peut-etre-une-victoire-du-feminisme-pas-de-la-democratie-2025031.html

[5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/02/elisabeth-badinter-une-partie-de-la-gauche-a-baisse-la-garde-devant-le-communautarisme_4894360_3232.html

[6] http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2016/06/11/Elisabeth-Badinter-On-a-laisse-les-predicateurs-s-emparer-de-quartiers-2746700

[7] http://www.lci.fr/societe/lutter-contre-le-voile-et-etre-chargee-de-la-com-de-larabie-saoudite-le-troublant-melange-des-genres-delisabeth-badinter-1507607.html

[8] http://www.lci.fr/societe/des-syndicats-denoncent-les-inegalites-de-salaires-hommes-femmes-dans-l-entreprise-de-la-feministe-elisabeth-badinter-2013172.html

Féminisme ou féminismes ? ou le féminisme bourgeois et à géométrie variable d'Elisabeth Badinter et d'autres...

Rédigé par Libre Pensée 72

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