Sarah, 24 ans, homosexuelle dans un environnement catholique

Publié le 15 Octobre 2016

Régulièrement nous publions sur le blog d'anciens articles de notre bulletin départemental. Ce dernier est un témoignage publié en janvier 2016.

 

J’ai grandi dans une famille de tradition catholique, croyante mais pas très pratiquante. Comme plein d’enfants de mon âge, je suivais des cours de catéchisme le mercredi après-midi et j’allais de temps en temps à l’église le dimanche. Je n’ai jamais trouvé cela très passionnant mais je n’avais pas trop le choix.

J’ai célébré ma première communion, ce qui m’a donné droit à une grande fête en mon honneur avec toute ma famille et plein de cadeaux. Après cela, je suis arrivée à un âge où mon esprit critique s’est développé, je faisais plus attention à ce qui était dit au catéchisme et interrogeait intérieurement ces enseignements qui contredisaient ce qu’on m’apprenait en cours d’histoire. J’en suis arrivée à la conclusion que je ne croyais pas du tout à ce fameux « Dieu », cet être un peu surnaturel dirigeant soi-disant l’univers dont on me parlait sans cesse.

J’étais alors en âge de célébrer ma profession de foi, gros dilemme. Soit je dis « Oui je crois en Dieu » et j’ai encore droit à une fête et à plein de cadeaux, soit je dis non et je n’y gagne rien du tout. Bien sûr, j’ai dit oui parce que quand même je n’ai pas supporté toutes ces années de catéchisme pour rien du tout. Et puis je n’osais même pas imaginer la déception de mes parents et des membres les plus croyants de ma famille si j’avais dit non.

Quelques années plus tard, je me suis retrouvée dans un lycée privé catholique, où on m’a à nouveau forcée à participer à des cours sur le catholicisme et à des messes. C’est dans ce lycée que pour la première fois, je suis tombée amoureuse d’une fille. C’est déjà pas évident de découvrir son homosexualité, mais dans une école qui prône les enseignements de la Bible « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination », on n’ose pas trop en parler autour de soi. Comment vont réagir mes amis ? Et les autres élèves ? Puis-je me confier à un professeur ? Quels sont leur avis sur la question ? Puisqu’après tout ils ont choisi d’enseigner dans un lycée catholique. Au lycée, les relations sociales sont suffisamment compliquées, on n’a pas envie de se rajouter une éventuelle raison d’être rejeté. Résultat, je n’en ai jamais parlé à personne au lycée, pas même à la fille qui occupait mes pensées.

Par la suite, je suis allée dans une université privée catholique où le volet catholique n’était pas très contraignant. Toutes les cérémonies et autres rituels religieux étaient facultatifs, je n’y ai donc jamais assisté. J’ai suivi des cours de sciences humaines qui m’ont permis de relativiser et de me distancier encore plus des théories catholiques. Cependant, un évènement fâcheux m’a rappelé que je n’étais pas dans une université comme les autres. Le nouveau recteur, un catholique ayant eu différentes responsabilités au sein de l’Eglise, a invité M. Tugdual Derville, porte-parole de « La Manif pour Tous » à donner une conférence scientifique sur « L’écologie humaine » au sein de l’université. Au regard de l’attachement de M. Derville à l’association « Alliance Vita » qui fait partie du mouvement pro-vie et milite contre l’avortement et l’euthanasie, on se pose des questions quant au contenu scientifique de son intervention. C’est avec cette interrogation que ce sont rendus deux de mes camarades à sa conférence. Après que leurs questions adressées à M. Derville aient été censurées, ils ont été escortés vers la sortie par son service de garde où ils ont été violemment agressés.

Comme beaucoup de monde, j’ai été choquée par ces actes inadmissibles. Les idéologies politiques n’ont pas leur place à l’école, et les étudiants sont censés y être en sécurité quelles que soient leurs appartenances religieuses, politiques ou culturelles. Cet évènement, ainsi que le climat parfois hostile vis-à-vis des homosexuels dans lequel j’ai évolué depuis l’enfance m’a amené de nombreuses fois à me sentir mal à l’aise, pas à ma place, à cacher mon orientation sexuelle à mon entourage pour éviter les conflits, le rejet.

Sarah

 

Sarah, 24 ans, homosexuelle dans un environnement catholique

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #liberté de conscience et de corps

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