Altruisme et religion chez les enfants

Publié le 18 Août 2016

L’enseignement catholique du diocèse de Créteil se présente ainsi ; « L’Evangile (avec E majuscule !) est à la source du projet éducatif de chaque établissement catholique ». La propagande scintille : « pédagogie de l’encouragement », « climat de confiance et d’ouverture aux autres », «attention aux plus pauvres», « grandir en humanité, notamment dans la dimension affective et sexuelle »... Bref, on peut donc penser que les enfants qui fréquentent ces écoles de l’enseignement catholique seront bien préparés à présenter ce qu’on appelle des comportements prosociaux.

Qu’est-ce qu’un comportement prosocial ? C’est un comportement volontaire dans l'intention de rendre service, un comportement d'aide dirigé vers autrui dans le but de lui apporter un bien-être physique ou psychologique, ou encore un avantage. Ces comportements prosociaux ont quelque chose à voir avec la morale et avec la conception qu’on a de l’homme. Morale et conceptions de l’homme font débat dès l’avènement des lois laïques. Les catholiques enragent. Ainsi, en 1882, un certain Rondelet déclare « Nous voyons bien que les hommes sont tournés au mal, (...) Pour tout dire en un mot, nous ne sommes pas bons : le mal, loin de nous coûter ou de nous répugner, nous attire; et au contraire, lorsqu’il s’agit de quelque action utile et digne d’éloges, il arrive trop souvent que c’est elle qui nous coûte, et que nous sommes tentés de ne pas la faire ». Mais, heureusement, se réjouit le même Rondelet, pèse sur le comportement des hommes le jugement dernier : « Après notre mort terrestre, nous serons appelés à rendre compte de l’usage que nous aurons fait en ce monde de notre liberté, soit pour le bien, soit pour le mal »

Rondelet en 1882 et aujourd’hui le diocèse de Créteil nous l’affirment : la religion est un gage de fraternité ! En filigrane, une autre accusation : comment ceux qui fréquentent « l’école sans Dieu » pourraient-ils bien accéder à ces comportements prosociaux ?

Un pavé dans la mare.

La Fondation américaine John Templeton, d’inspiration chrétienne, s’est intéressée à cette question : quel lien entre la religion et les comportements prosociaux. Jean Decety (Département de psychologie de l’Université de Chicago) a mené une étude pour mesurer si la religion renforce les comportements «prosociaux». Les chercheurs ont mené leur enquête dans 6 pays (Canada, Chine, Jordanie, Turquie, Etats-Unis et Afrique du Sud) auprès de 1 170 enfants de cinq à douze ans. Ils ont mesuré le niveau de pratique religieuse des familles et celles-ci ont été divisées en trois groupes : Non-religieux (dont athées), chrétiens et musulmans.

Les chercheurs ont demandé aux parents d’évaluer la capacité d’empathie et la sensibilité à l’injustice de leurs propres enfants. Les parents chrétiens et musulmans ont estimé leur progéniture à un niveau de capacité d’empathie plus élevée que celui accordé par les parents non-croyants à leur propres enfants. Charité bien ordonnée commence par soi-même ! Les chercheurs se sont alors tournés vers les enfants.

Ils ont fait visionner à chaque enfant de petites vidéos montrant d’autres enfants se faisant trébucher, de façon intentionnelle ou non. Ils leur ont demandé d’évaluer le niveau de «méchanceté» de ces comportements et ils leur ont proposé sur une grille graduée des punitions méritées par les fautifs. Résultat : les enfants religieux estimaient ces actes - volontaires ou non - plus répréhensibles et proposaient des punitions plus sévères que les athées. Les petits musulmans étant les plus intransigeants.

La générosité, l’altruisme.

Les chercheurs ont alors tenté d’évaluer la générosité des enfants. Ils leur ont proposé de choisir parmi trente autocollants leur dix préférés, en indiquant qu’ils n’auraient pas le temps d’en distribuer à tous les enfants et leur demandaient s’ils seraient prêts à en donner pour leurs camarades moins chanceux. Après distribution insuffisante, les enfants, hors de la vue de l’expérimentateur, se cédaient, entre eux, des autocollants. Résultat : les petits de famille athée se sont montrés significativement plus généreux que ceux de famille croyante. Mieux, plus la pratique religieuse était intense, moins les dons étaient généreux ! Et cela, quelle que soit la culture et le pays d’origine.

Conclusion des chercheurs : Les chercheurs concluent que leurs observations « remettent en question le fait que la religion serait vitale pour le développement moral, et appuient l’idée que la sécularisation du discours moral ne va pas diminuer la bonté humaine - en fait, elle fera tout le contraire. (...) Ces résultats révèlent que la religion influe négativement sur l’altruisme des enfants ».

Conclusion personnelle : Ça, il y a belle lurette que les libre-penseurs le savaient. Mais il leur est fort agréable qu’une étude SCIENTIFIQUE le confirme ! La Fondation Templeton ne s’attendait sans doute pas à ce dévoilement !

Jean-Pierre D....

 

PS. Cette étude a été conduite par un lyonnais, Jean Decety, naturalisé américain, qui déclare : «Je suis très reconnaissant à la France de l’enseignement universitaire que j’ai reçu, de très grande qualité et gratuit. Je suis fier d’être le produit de cette éducation. Le système universitaire américain est très bon, mais son coût est indécent, 60 000 dollars (44 000 euros) par an à Chicago.»

 

Altruisme et religion chez les enfants

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #sciences humaines

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