L’état d’urgence pour faire oublier des tas d’urgences

Publié le 14 Janvier 2016

Edito du bulletin des libres penseurs de la Sarthe - Janvier 2016

Surfant sur l’énorme émotion suscitée par les actes ignobles de janvier et novembre 2015, le gouvernement a mis en place tout un arsenal sécuritaire des plus inquiétants. Comme si mettre à mal les acquis ouvriers ne suffisait pas, on s’en prend maintenant aux acquis démocratiques.

La mise en sécurité des populations est une illusion, la destruction des libertés est une réalité.

A chaque attentat, des lois sécuritaires sont mises en place pour finalement ne pas empêcher les attentats suivants. Depuis les années 90 et la première guerre du Golfe, nous ne cessons de voir le plan Vigipirate renforcé ; 1995 après l’attentat du métro St Michel, coupe du monde en 1998, 11 septembre 2001... Il est placé en alerte orange depuis l’intervention en Irak en 2003. Depuis 2005 il est au niveau alerte rouge ou écarlate. A cela s’ajoutent en 2015 le fameux Etat d’urgence, la possibilité de surveiller tout le monde sur internet, et la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité.

Qui peut croire un instant que ces mesures protègent réellement les français ? Qui peut croire un instant qu’un potentiel terroriste va renoncer à son plan de peur d’être déchu de la nationalité française ?

A peine deux semaines après les attentats du 13 novembre, l’Etat d’urgence a été utilisé contre des militants écolo qui n’avaient rien à voir avec le terrorisme.

Jacques Toubon, Défenseur des droits, a récemment déclaré «les mesures qui ont été prises, perquisitions administratives, assignations à résidence, ont été prises un peu larges». «Aujourd'hui, a-t-il ajouté, la loi a prévu des restrictions de liberté. Mais (...) au fur et à mesure, on va s'apercevoir qu'il y a un certain nombre de cas dans lesquels les mesures qui ont été prises ont été excessives.»1

Les Etats d’Urgence, les lois martiales et autres lois d’exception sont souvent dans l’Histoire des moyens d’enchaîner lentement les peuples en les habituant aux restrictions de liberté… Comment accepter que des gens soient sanctionnés sans procès ? Ce n’est plus la justice !

Et demain comment défendre nos acquis sociaux et démocratiques ? Comment se battre contre les réformes du code du travail et contre la destruction de l’école publique et laïque ? Les manifestants, les chômeurs, les syndicalistes en manif deviendront-ils des obstacles à l’intérêt de la nation, des preneurs d’otages, des ennemis de la France quand ils tenteront de sauver et défendre leurs acquis ?

Que peuvent faire les libres penseurs ?

A l’heure du buzz et des gouvernements qui légifèrent sous le coup de l’émotion, il devient indispensable de prendre du recul, de réfléchir et pas seulement de ressentir.

Si nous combattons les religions dont l’islam, nous le faisons sans attenter aux libertés des individus. De même nous ne sommes pas assez naïfs pour prétendre que le problème du terrorisme islamiste n’est qu’un problème de religion… Daesh n’apparait pas n’importe où, mais bien dans une zone en proie à de multiples ingérences et interventions militaires depuis 40 ans ! Pourquoi apparaissent-ils en Irak? Et avec quel argent ? La solution serait-elle de bombarder à nouveau ? Daesh détruit, qui pendra la place ? Tant que la perspective, sur place, est « barbarie ou barbarie » comment envisager un autre avenir que la guerre et le terrorisme ?

Face au fanatisme, au dogmatisme, et à l’obscurantisme qu’ils viennent de telle organisation ou de tel parti ou de tel gouvernement… Il nous faut, plus que jamais, regrouper les humanistes, les démocrates, les laïques, les libres penseurs, organiser des réunions publiques, comprendre et étudier, diffuser nos idées, défendre nos principes, les expliquer, défendre nos acquis démocratiques, nos acquis sociaux, participer aux luttes émancipatrices… Nous n’avons pas d’autres choix, on ne détruit pas les ennemis de la liberté en réduisant les libertés ! Le faire serait leur donner raison. Nous refusons le communautarisme, le rejet de l’autre, le choc des civilisations et l’arbitraire. En 2016, comme avant, nous voulons la civilisation, la liberté, la solidarité, l’égalité des citoyens, et le progrès social !

Hansi Brémond

1 - http://www.leparisien.fr/faits-divers/etat-d-urgence-toubon-denonce-un-certain-nombre-de-derives-22-12-2015-5394077.php

 

L’état d’urgence pour faire oublier des tas d’urgences

Rédigé par Libre Pensée 72

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