Léon DESCHAMPS (1849-1927)

Publié le 9 Février 2015

Extrait du bulletin de la Libre pensée de la Sarthe - janvier 2014

 

Militant du mouvement ouvrier et démocratique sarthois fin 19è début du 20è siècle, méconnu aujourd’hui, Léon Deschamps a pourtant marqué de son empreinte la vie sociale et politique locale.

Né le 6 juillet 1849 à Campeaux (Calvados) où son père est instituteur. Bachelier ès lettres, il enseigne dans différents établissements de la région avant d’être nommé en 1885 professeur d’histoire et géographie au Lycée de garçons du Mans jusqu’à sa retraite en 1910.

 

Son itinéraire politique :

1888 : il est élu conseiller municipal sur la liste conduite par le radical Anselme Rubillard. Il se fait remarquer par son franc-parler, son souci de l’intérêt général, ses prises de positions anticléricales. (réélu en 1892 et 1896).

En 1895, il participe (avec Louis Crétois) à la création du Groupe Central Socialiste. Partisans d’une alliance avec les radicaux, ils fondent en 1897 « le Groupe Républicain Socialiste » « dans le but de provoquer ou de préparer l’application du programme républicain radical et des parties réalisables du programme socialiste » sur les positions suivantes : révision de la constitution ; dénonciation du concordat ; impôt progressif sur le revenu ; autonomie communale et départementale ; liberté d’association, liberté personnelle ; instruction laïque et gratuite à tous les niveaux . (archives départementales : dossier du groupe central socialiste1895-1897).

Aux législatives de 1902, il est candidat au Mans sous l’étiquette « républicain socialiste ». Il se prononce pour une justice sociale et prône par la voie légale et par évolution l’achèvement de la Révolution de 1789 ainsi que la réalisation complète des Droits de l’Homme et du Citoyen.

 

Toutes ces années sont marquées par d’intenses débats politiques dans les rangs des divers groupes socialistes. En 1905, Deschamps refuse d’adhérer à la SFIO car il refuse toute discipline de parti. Il reste socialiste indépendant et milite dorénavant dans le Comité républicain des trois cantons du Mans dont il devient le Président en 1908. Leur journal, organe des partis de gauche, s’intitule Le démocrate. Il siège à nouveau au conseil municipal de 1908 à 1912.

 

Un citoyen engagé sur tous les fronts !

Léon Deschamps historien : lors des commémorations du centenaire de la Révolution française il tient une conférence à La Flèche sur le thème des Etats Généraux ; il défend courageusement sa proposition de nommer la nouvelle artère ouverte en centre-ville Boulevard René Levasseur , Conventionnel sarthois qui fit voter en 1794 l’abolition de l’esclavage dans les colonies ; il fait des recherches sur la vie économique de cette période et publie un article en 1900 sur les femmes soldats pendant la révolution.

Léon Deschamps Géographe : auteur d’articles dans la Revue de Géographie et dans l’Alliance française illustrée.

Léon Deschamps (engagé volontaire dans les mobiles de la Sarthe) participa à la campagne de la 2ème armée de la Loire en 1870-71. Républicain et patriote, il défend une politique d’expansion coloniale, commerciale, culturelle, linguistique afin que la France garde son rang de grande puissance, d’où sa collaboration et ses travaux sur l’histoire de la colonisation à la société l’Alliance Française.

 

En 1899, il soutient deux thèses à la Sorbonne : une (en latin) sur Isaac de Razilly, colonisateur au temps de Richelieu et une seconde sur l’Assemblée constituante et les colonies.

On le retrouve membre de nombreuses associations : Libre Pensée du Mans (1886) ; Société démocratique de lecture (1886) ; Cercle manceau de la Ligue de l’Enseignement (1893) ; société de retraites les Prévoyants de l’Avenir (1900) ; Université populaire du Mans (1900) dont il est un des conférenciers ; section du Mans de la Ligue des Droits de l’Homme(1900) dont il est le Président pendant une vingtaine d’années.

 

Sur le plan professionnel, ses idées et prises de positions lui valent des campagnes de presse hostiles de la part de ses adversaires. Mais Léon Deschamps fait front. Il prône l’indépendance des professeurs face à leur hiérarchie pour défendre leurs intérêts professionnels ainsi que la neutralité de l’enseignement, un statut des fonctionnaires qui les protègerait du favoritisme administratif et des ingérences cléricales ( membres du Sillon, d’associations de parents). C’est ainsi qu’il accepte en 1904 de présider aux destinées d’un journal « La Solidarité », organe corporatif, didactique, critique.

Il décède au Mans le 8 juillet 1927 à l’âge de 78 ans. Ses obsèques civiles ont lieu au cimetière Ouest en présence de nombreux citoyens.

 

Son combat pour la laïcisation des noms de rues :

On lui doit la proposition de dénomination du Boulevard René Levasseur en 1888, du Boulevard Emile Zola en 1908 et celle de la rue Saint-Ouen en rue Francisco Ferrer qu’il proposa dès 1909 puis en 1911…en vain.

Comme il le disait lui-même aux cléricaux : « Je crois, moi historien, qu’il est plus intéressant d’honorer des noms modernes que des noms moyenâgeux. Ferrer est une victime de l’inquisition moderne espagnole et mérite d’être honoré ».

 

Il faudra attendre 1925 pour que sa proposition soit reprise et adoptée. La rue Ferrer existera jusqu’en 1940, supprimée sous la pression du régime de Vichy, transformée alors en rue Montesquieu, mais jamais rétablie depuis. (voir l’article consacré à F.Ferrer dans notre bulletin n°84).

 

Suite aux démarches engagées en 2009 par notre fédération départementale (centenaire de l’exécution de F.Ferrer), la ville du Mans a décidé en 2011, de redonner son nom à une rue du nouveau quartier de Pied-Sec en cours d’aménagement. Nous ne manquerons pas de prendre une initiative publique pour célébrer cet événement le moment venu.

 

Gérard Désiles

 

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #histoire locale

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