1914-1919 : un camp d’internement pour « Indésirables » à Précigné (Sarthe)

Publié le 9 Février 2015

Extrait du bulletin de la Libre pensée de la Sarthe (janvier 2014)

 

 

Août 1914 : vous parlez allemand, ou vous êtes anarchiste, ou syndicaliste, ou antimilitariste, ou encore marchand ambulant, ou travailleur étranger depuis plusieurs années dans les entreprises françaises ; vous êtes Belge ou Alsacien-Lorrain évacué des « zones sensibles » ou tout simplement étranger en déplacement ou vacances : vous êtes suspect donc « indésirable » et susceptible d’être interné arbitrairement dans l’un des 70 camps qui couvrent le pays à l’image de celui de Précigné près de Sablé sur Sarthe.

C’est ainsi que 2116 hommes, femmes ou enfants, de 40 nationalités différentes ont été internés dans le petit séminaire, bâtiment religieux vacant depuis la loi de séparation de 1905. Colonie appelé officiellement camp de concentration durant la période 1914-1919.

 

Des faits que l’association locale « Passé Simple » a ressorti des oubliettes de l’histoire. Marie-Jeanne Buisneau a consulté, et ce, pendant 4 ans ! les milliers de documents ( fiches d’identité et les courriers afférents à la vie du centre) entreposés sur plus de 5 mètres de rayonnages aux archives départementales de la Sarthe.

Un ouvrage remarquable a été élaboré par les adhérents de l’association. Il a pour titre « La Colonie de Précigné », et a été publié par les éditions du Petit pavé en 2009.

 

Ce livre décrit avec de nombreux détails la vie et les conditions d’hébergement difficiles d’un population bigarrée dans des bâtiments vétustes, avec son lot de misère et de souffrances . En janvier 1915 la colonie de Précigné compte 413 hommes, 198 femmes, 53 enfants. Un « ouvroir » (atelier pour femmes) est installé où elles confectionnent des vêtements. Les hommes sont occupés à différents travaux d’aménagement et d’entretien . Ils fabriquent aussi des matelas et des galoches ou font de l’étamage dans des ateliers ouverts tous les jours sauf le dimanche. Certains vont travailler à l’extérieur dans des fermes qui ont besoin de main d’œuvre à bon marché ou encore dans des exploitations forestières et entreprises des environs ; évidemment les tentatives d’évasion sont nombreuses (114 au total pour 46 évadés repris).

Une salle a été aménagée en école où 2 instituteurs prisonniers assurent la classe (30 élèves fin 2015). Chaque dimanche matin une messe est célébrée dans la chapelle de l’ex-séminaire par le curé du village.

S’alimenter correctement, souffrir le moins possible du froid, de la promiscuité( 800 prisonniers fin 1915), se maintenir en bonne santé sont les préoccupations quotidiennes des internés.

Pendant ces quatre années, 7 naissances et 71 décès ont été enregistrés.

Après la fin de la guerre (armistice du 11 novembre 1918)et jusqu’à la signature du traité de Versailles le 28 juin 1919, le camp va se vider progressivement (il reste encore 166 détenus d’origine étrangère). A partir de cette date (levée de l’état de siège sur tout le territoire), les autorités n’ont plus le droit de retenir arbitrairement des individus sans jugement et sans garanties républicaines.

 

Gérard Désiles

 

Victor Kibaltchiche (dit Victor Serge) parmi les Indésirables.

Un des épisodes de la vie tourmentée  de l’écrivain anarchiste(1890-1947) se déroule à la Colonie de Précigné où il a été interné du 18 avril 1918 au 2 janvier 1919.

Il y retrouve un quarantaine de révolutionnaires qualifiés de bolchéviks. Victor serge n’aura de cesse d’adresser des courriers aux autorités pour dénoncer le manque  de nourriture ou les conditions déplorables de vie au camp.

Il y fait référence dans son livre « Mémoires d’un révolutionnaire »

 

1914-1919 : un camp d’internement pour « Indésirables » à Précigné (Sarthe)

Rédigé par Libre Pensée 72

Publié dans #histoire locale

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