Arbre de la liberté et journée internationale de la lp

Publié le 1 Octobre 2014

Dimanche 28 septembre au Grand Lucé, plus de 50 amis et adherents de la LIbre Pensée se sont réunis au Grand Lucé pour célébrer la journée mondiale de la Libre Pensée ainsi que l'anniversaire la première république. La presse était présente (Ouest France, Maine Libre, Courrier du Val de Loir). Avant de planter un arbre de la liberté, la mairie s'est exprimée, un message de la SARF a été élu et enfin le président de la Fédération Sarthoise. A l'issu de cette plantation, nous avons été reçu à la mairie du Grand LUcé, puis une trentaine de camarades s'est retrouvé au restuarant le Normandie pour un banquet.

 

Discours du Président :

Amis, citoyens, compagnons, camarades,

Nous sommes réunis, en ce dimanche 28 septembre pour célébrer la journée internationale de la Libre Pensée (qui a normalement lieu le 20 septembre).

Je tiens à remercier publiquement et chaleureusement le conseil municipal du Grand Lucé et son maire Pascal Dupuis pour leur accord, leur soutien et leur aide.

Je tiens aussi à remercier les camarades des sections du sud notamment Philippe G... et Rémi C... sans qui cette initiative n’aurait existée.

Pourquoi une journée internationale de la LP le 20 septembre ?

C’est au IIème Congrès de l’A.I.L.P. de Mar del Plata en Argentine qu’il fut décidé de faire du 20 septembre, la journée internationale de la Libre Pensée. Cette date importante pour nos camarades libres penseurs latino-américains.

Ils honorent ainsi l’action de deux grands personnages dans la lutte pour l’émancipation universelle : Simon Bolivar et Giuseppe Garibaldi.

Simon Bolivar combattit toute sa vie, pour l’indépendance des pays de l’Amérique du Sud, pour la République et pour l’affranchissement des opprimés. Au Pérou, il fit interdire le travail forcé, libéra les esclaves qui avaient combattu pour la libération du pays et fit décréter que tous les fils d’esclaves seraient désormais libres.

Ce n’est pas pour rien que le surnom qui le fit rentrer dans l’histoire est le Libertador. Libération nationale, politique, culturelle, religieuse par une démarche fondamentalement laïque.

Giuseppe Garibaldi avait 13 ans quand Simon Bolivar meurt. Plus tard, il adhère au mouvement « Jeune Italie » de Mazzini dont l’objectif est de transformer l’Italie en une République démocratique et unitaire.

Il va combattre aussi, en Amérique latine, dans la plupart des pays où il rendra populaire et symbolique la chemise rouge de ses combattants. Rouge, car si le sang coulait dessus, cela se verrait moins. Rouge, car c’est la couleur de toujours des révoltés et des révolutionnaires.

Garibaldi combattra en Italie pour l’unification du pays et pour la République. Laïque, bien sûr, car il était fondamentalement et férocement anticlérical. Garibaldi participera, en combattant, dans les Trois guerres pour l’indépendance italienne. Le 8 février 1849, la République est proclamée à Rome. Garibaldi en est.

Il va diriger l’expédition des Mille en Sicile en 1861. L’expédition est un franc succès et se conclut par un plébiscite qui fait entrer Naples et la Sicile dans le royaume de Sardaigne, ultime conquête territoriale avant la création du Royaume d’Italie, le 17 mars 1861.

Au nom de Garibaldi, les paysans envahissent les fiefs des barons latifundiaires et les terres communales. Mazzini, propose de son côté une Assemblée constituante qui légalise la propriété des terres occupées.(1)

20 septembre 1870, Rome est rattachée à l’Italie. Les troupes italiennes rentrent dans la cité papale par la porte Pia. C’est la fin des Etats pontificaux. Les prêtres vont être ramenés, selon la formule célèbre de Karl Marx, à la solitude de la prière. Le vieux rêve garibaldien s’accomplissait.

Les Etats pontificaux représentaient le tiers de l’Italie. En unifiant l’Italie, en supprimant le pouvoir temporel du pape, les italiens refaisaient ce qu’avaient fait les révolutionnaires français en 1790 quand ils avaient nationalisé les biens du clergé et les biens de mainmorte qui, eux aussi, représentaient un tiers de la France. Le Vatican, pseudo-« Etat », mais réellement supranational, a toujours été contre l’avènement des Etats-nations.

Il faut aussi souligner le caractère profondément internationaliste de l’action de Giuseppe Garibaldi. Pour cela, il aura l’indéfectible soutien de Karl Marx et de Friedrich Engels. Garibaldi va soutenir la révolte des polonais contre l’empire russe en 1863.

Rappelons que c’est à Londres dans un meeting de soutien aux peuples irlandais et polonais que fut fondée, le 28 septembre 1864, (il y a aujourd’hui 150 ans) l’Association Internationale des Travailleurs, la Première Internationale.

Au début de la Guerre de Sécession aux Etats-Unis, Abraham Lincoln va lui demander de venir combattre à ses côtés, pour être le « Washington de l’Italie ». Garibaldi accepte si Lincoln fait adopter une déclaration d’émancipation totale des esclaves. Lincoln refusera à ce moment-, mais il la fera en 1865 à la fin de la guerre civile par l’adoption du 13éme Amendement de la Constitution. En 1862, n’y tenant plus, Garibaldi veut aller faire la guerre dans l’armée de l’Union, mais blessé, il ne pourra s’y rendre. Cependant, un Régiment Garibaldi, le 39ème d'infanterie de New York, fut formé en avril-mai 1861, sous le commandement d'un autre “Quarante-huitard”, le colonel hongrois Frédéric D’Utassy, et un drapeau, porté par Garibaldi lui-même dans les campagnes de 1848-1849, fut présenté au régiment qui combattit avec acharnement à Gettysburg en 1863.

Il combattra en France durant la guerre franco-prussienne en 1870. Il sera même élu à l’Assemblée nationale derrière Louis Blanc, Léon Gambetta, Victor Hugo.

Quand son élection sera refusée, Victor Hugo démissionnera de l’Assemblée nationale. La Commune de Paris fera appel à lui, mais il refusera de rentrer dans une affaire française, lui qui avait tant combattu pour l’unité de son pays, l’Italie.

Quand il meurt, le 2 juin 1881, Victor Hugo écrira : « L’Italie n’est pas en deuil, ni la France, mais l’Humanité l’est ».

Simon Bolivar et de Giuseppe Garibaldi : tous deux engagent des luttes d’émancipation politique pour couper les liens de sujétion de leurs peuples à des puissances étrangères. Tous deux émancipent pour les unifier des peuples libérés. Tous deux défendent des idées républicaines, démocratiques et de laïcisation de l’État et, (avec les limites propres à chaque époque), des plans de réforme sociale et économique.

 

Se réunir en ce mois de septembre et planter un arbre de la liberté, c’est aussi célébrer l’anniversaire de la première République.

Nous nous inscrivons ainsi dans une tradition des libres penseurs sarthois qui chaque année célèbraient le 22 septembre 1792. Il y a en effet 222 ans la République était proclamée après la victoire de Valmy et l'abolition de la monarchie.

Je ne reviens pas sur ce qui a été dans le message de nos camarades de la SARF(La société des amis de la Révolution Française)

Je ne résiste pas à l’envie de vous lire quelques extraits de la constitution de 1793 qui feront écho à l’actualité :

 

« Article 1. - Le but de la société est le bonheur commun. - Le gouvernement est institué pour garantir à l'homme la puissance de ses droits naturels et imprescriptibles. »

 

« Article 7. - Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. - La nécessité d'énoncer ces droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme. »

 

« Article 21. - Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler. »

 

« Article 22. - L'instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l'instruction à la portée de tous les citoyens. »

 

« Article 3 1. - Les délits des mandataires du peuple et de ses agents ne doivent jamais être impunis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens. »

 

« Article 35. - Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

 

Si nous en appelons à l’histoire, c’est bien sûr pour éclairer le monde d’aujourd’hui.

Célébrer la date du 20 septembre comme Journée internationale de la Libre Pensée, c’est affirmer notre volonté de combattre contre toutes les formes d’oppression et de remise en cause du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

C’est affirmer que le supranationalisme est contraire à l’Internationalisme, qui suppose l’existence des nations, alors que le supranationalisme exige leur disparition. C’est aussi affirmer la nécessaire émancipation de la Nation française face aux menées et directives européennes qui menacent sa pleine souveraineté et les droits et acquis démocratiques et sociaux du peuple.

A l’heure où des pays comme la Palestine, la Syrie, la Lybie sont disloqués et livrés à la barbarie par la volonté du FMI, de la Banque Mondiale, des USA et de l’Union européenne ; célébrer la journée du 20 septembre, c’est lutter contre les gendarmes du monde qui entendent imposer à tous les peuples leurs diktats et leurs volontés. Car aujourd’hui, c’est contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, que les Etats-Unis et leurs valets entendent imposer leur droit à disposer des peuples.

Célébrer la journée du 20 septembre, c’est aussi refuser que l’on oppose les citoyennes et citoyens au nom de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires en instituant des droits différents selon l’utilisation d’une langue régionale ou pas, car ce serait l’éclatement de la République et la création de droits différents selon les régions.

Célébrer la journée du 20 septembre, c’est défendre l’œuvre des révolutions qui ont émancipé politiquement et unifié les peuples, comme le fit la Grande Révolution.

C’est refuser que les religions imposent leurs dogmes aux peuples.

C’est dire clairement que les 14 concordats catholiques qui sévissent en Europe sont des survivances féodales des Etats pontificaux. En Alsace-Moselle, dans notre pays, tous les citoyens ne sont pas égaux devant l’exercice de leur liberté de conscience. Les religions reconnues sont subventionnées à hauteur d’une somme annuelle de 58 millions d’euros.

La Liberté de conscience impose que les fonds publics ne servent pas à discriminer les citoyens entre eux par un usage antilaïque des fonds publics. L’Egalité des citoyens en droits impose que soit respectée partout la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905. La Fraternité impose le refus des opérations militaristes menées au nom du « droit d’ingérence » qui n’est qu’une survivance des guerres coloniales.

A travers cette journée internationale du 20 septembre, c’est tout cela que la Libre Pensée entend célébrer dans sa lutte pour l’Emancipation intégrale de l’Humanité.

Au congrès de Nancy, nous avons adopté un manifeste des jeunes libres penseurs (je pense qu’il définit bien ce que nous sommes en posant plusieurs revendications) :

  • Pouvoir chercher en toute liberté à se construire intellectuellement, comme on le souhaite, pour ce que l’on souhaite. Jean Rostand, Président d’honneur de la Libre Pensée, disait: « Former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force ».
  • Choisir ses actions et ses combats et ne se les faire imposer par personne.
  • Aimer qui on veut, comme on veut et quand on veut, entre individu consentants. Ne pas subir les interdits et les dogmes de la bien-pensance et la pensée unique.
  • Refuser les guerres et le militarisme en sachant que les massacres et la barbarie ne règlent rien et débouchent toujours sur d’autres guerres et d’autres barbaries.
  • Refuser que les religions qui passent dirigent l’Humanité qui dure. Réfuter tous les dogmes quels qu’ils soient. Agir pour qu’aucun cléricalisme n’interdise aux êtres humains de se comporter comme ils le souhaitent. L’avènement des monothéismes a figé l’Humanité dans des dogmes qui ont mis sous le boisseau et dans les fers la liberté de conscience et bien souvent la liberté tout court. Sans liberté de pensée, sans liberté de conscience, comment l’Humanité peut-elle être maîtresse d'elle-même ?
  • Refuser l’exploitation capitaliste qui assujettit les individus à la recherche du profit pour une minorité.
  • Refuser que le génie humain sous toutes ses formes (culture, sciences, savoirs, arts, etc…) puisse être remis en cause par des impératifs d’ordre économique et financier. Aucune limite ne doit être assignée à la recherche du progrès humain.

Nous combattrons de toutes nos forces pour :

-Le plein respect de la liberté de conscience et du libre examen. Le respect de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat instituant la laïcité, c'est-à-dire l'égalité entre tous les citoyens.

-Le droit à l'Instruction pour tous dans la tradition de l'Ecole républicaine laïque, le maintien des diplômes nationaux qualifiants avec leur reconnaissance dans les Conventions collectives et les Statuts de la Fonction publique.

-Le droit imprescriptible à un vrai travail, un vrai salaire.

-La liberté d’aimer et de vivre sa sexualité.

-Garantir une recherche scientifique libre et indépendante, notamment des intérêts financiers ou militaires.

-Défendre le droit aux soins pour tous à une médecine de qualité.

-La garantie de l'accès à l'IVG et le droit de mourir dans la dignité.

-Liberté pour la culture et pour les arts, aucune censure de quelque nature.

-L'antimilitarisme, qui refuse la guerre, les massacres et les violences au profit d’intérêts particuliers.

-Pour la pleine Egalité femmes-hommes dans tous les domaines, maintien et rétablissement des conquêtes sociales permettant de tendre vers cette égalité.

Le système actuel a une seule logique : l'assèchement. Toujours moins d’acquis, de moyens, de culture, de savoirs, en un mot : de libertés. Ce monde hostile à toute aspiration digne sent toujours la poudre, le cléricalisme, et l’exploitation, en deux mots : un monde barbare. Ce monde nous le refusons, nous le combattons ! Nous voulons un avenir fertile !

Nous voulons, comme le réclamait la Commune de Paris, un monde sans intérêts financiers, exploitation économique, militarisme et cléricalisme. Nous voulons un monde où chacun sera libre de penser ce qu’il veut, de vivre comme il veut, d’aimer comme il veut ; un monde sans dogme. »

Je terminerai par un point plus local.

Nous sommes, ici, au Grand Lucé, sur une terre de libres penseurs… Le sud Sarthe a vu autrefois, des dizaines de sociétés de libre pensée rassembler les militants ouvriers, républicains, les humanistes, les démocrates… Ils se fédéraient alors combattre tout ce qui tend à soumettre et oppresser les êtres humains. Ces camarades, nos ancêtres ont contribué à laïciser les écoles, les hôpitaux, les institutions. Ils ont combattu inlassablement pour émanciper.

Puis vint une crise. Les catholiques sociaux, comme le disait notre camarade André Frey, ont pénétré le mouvement ouvrier laïque et démocratique. Ils ont trompé des camarades sincères, ils ont contribué à dévoyer des dizaines d’organisations …

Ainsi dans les années 80 et 90, il était devenu ringard de défendre la laïcité, ou alors on mettait en avant des formules comme "laïcité plurielle"," ouverte"…

La lutte des classes étaient devenue aussi un vestige du passé…

Les principes républicains se trouvèrent, eux aussi, ringardisés.

Les camarades de la Libre Pensée ont tenu contre vents et marées, ils ont continué d’affirmer et de défendre les principes, je pense par exemple à l’abrogation de la loi Debré (fonds privés à l’école privés, fonds publics à l’école public) ils ont maintenu le cap en continuant de se battre pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple, ils ont continué de dire qu’a l’école publique il ne fallait ni croix, ni foulard, ni kippa.

En Sarthe, ces camarades ont vieilli, certains sections ont disparu…

Des intellectuels catholiques (René Rémond ou Jacqueline Lalouette) des années 90 avaient même prédit la fin de la Libre Pensée.

Les copains, eux, sont restés fidèles jusqu’au bout… et le cadre a tenu grâce à ces camarades : Je pense à Annick S..., Jacqueline R..., La famille C..., Gérard et Maud D..., Andre Frey ou André B.... et bien d’autres…

Aujourd’hui, en à peine 5 ans, nous avons doublé nos effectifs sur le Mans, les anciens sont en train de passer le relais à une nouvelle génération prête à en découdre.

Et aujourd’hui, ici au Grand Lucé, dans le Sud Sarthe, nous sommes de retour, pour réaffirmer nos principes, renforcer nos sections, reconstituer nos groupes !!! Occuper a nouveau le terrain et affirmer haut et fort, que la Libre Pensée, plus vieille association de France, est toujours là, partout, localement, nationalement et internationalement pour défendre la liberté des individus et des peuples.

 

Ni dieu, ni maître ! A bas la Calotte et vive la Sociale !

Je vous remercie

  1. Et (2), cités par Luis Britto Garcia

 

Arbre de la liberté et journée internationale de la lp
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Rédigé par Libre Pensée 72

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