Discours de David Gozlan lors de la journée internationale de la Libre Pensée

Publié le 9 Octobre 2013

Discours du 20 septembre 2013.

 

Amis, citoyennes, citoyens, camarades,

Il y a deux ans de cela, à Oslo, l’Association Internationale de la Libre Pensée se constituait autour des délégués de dizaines de pays.

Il y a moins d’un an de cela, à Mar del Plata, en Argentine se tenait le deuxième Congrès de l’AILP.

Le 20 septembre 1870, c’est la fin de la domination du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. La chute des États pontificaux poursuivra la descente aux enfers des papes, entamée par l’esprit des Lumières et la Révolution américaine, concrétisée par la Révolution française.

 

Un vent de liberté traversait l’Atlantique. Tout au long du XIXème siècle, ce vent ne cessera de hanter les tenants de l’ordre, les rois, les papes, les cléricaux.

Ce vent a repris plus de force et de puissance avec la création de l’Association Internationale de la Libre Pensée. C’est sur la proposition d’un de ses porte-parole, Elbio Laxalte Terra, qu’aujourd’hui et demain, en Italie à la porte Pia, en Uruguay, au Chili, au Pérou, et ici en France dans plus de quinze rassemblements et réunions, la journée du 20 septembre devient la Journée Internationale de la Libre Pensée. Voilà ce qu’il déclarait à Mar del Plata :

« En septembre 2007, la 4ème assemblée de la Confédération, réalisée à Santiago du Chili, approuva entre autres décisions celle de célébrer, chaque 20 septembre, « Le Jour de la Libre Pensée ».

Le choix de cette date n’était pas arbitraire. Elle rappelle le 20 septembre 1870, quand les forces patriotiques italiennes et les « chemises rouges » garibaldiennes sont les acteurs du célèbre épisode de la « Brèche de la Porte Pia » à Rome, et infligent la défaite aux forces réactionnaires du Vatican alliées à l’Empire français. Ce jour signifia la chute définitive du pouvoir temporel de la papauté et de ses régimes politiques de « droit divin », et signifia un grand triomphe pour les forces démocratiques, républicaines et « sécularisantes » du monde.

Ce jour est un hommage aux femmes et aux hommes, maçons ou pas, qui agirent et offrirent leurs vies dans tant de combats libertaires, et à tous ceux qui donnèrent une impulsion aux idéaux républicains et laïques, comme le Très Illustre Frère Maçon José Garibaldi. Pour tout cela, la date du 20 septembre symbolise donc la défaite du dogmatisme, de l’obscurantisme, et l’espoir de voir renaître la Lumière, qui représente le triomphe de la Raison et de la Liberté de Conscience. »

Ce 20 septembre est une première pour nous en France. Nous avons toujours lutté en France comme en Europe contre la survivance des États Pontificaux. Lisez les actes du colloque de Metz et vous comprendrez pourquoi nous sommes dans une Europe vaticane, rongée par les statuts d’exception comme en Alsace-Moselle, par les lois cléricales contre le délit de blasphème s’adaptant même à l’IVG. La tache au milieu de l’Europe, c’est le Vatican qui se revendique comme un État mais qui ne veut pas être reconnu comme tel. C’est une féodalité qui étend ses ramifications jusque dans les couloirs de la Commission européenne avec ses banques, ses politiques. C’est la place particulière mais de plus en plus grandissante donnée aux Églises en terme de financement, de lobby d’opinion. En Grèce, en Italie, en Espagne, quand les coupes dans les budgets publics eurent lieu conséquemment à la crise, qui fut exemptée, qui chercha à cacher sa fortune, qui oublia que les subsides publics leurs avaient été versés ?

L’Église catholique comme l’Église orthodoxe furent frappées d’une amnésie étonnante.

 

En ce 20 septembre, nous prenons date dans le contexte où l’Église catholique se veut plus offensive, où elle descend dans l’arène et entend dicter ouvertement la politique à mener.

Ne nous trompons pas, le mariage pour tous a été un banc d’essai.

D’ailleurs, un de ses éminents membres, Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et président du Conseil Famille et société, devait déclarer après le vote sur le mariage pour tous : « L'Église appelle les personnes homosexuelles comme les personnes hétérosexuelles à vivre leur relation dans la chasteté. Il nous faut découvrir la valeur de cette attitude qui doit marquer toutes nos relations pour qu'elles soient vraiment humaines. La chasteté concerne davantage que la dimension sexuelle de la personne, elle est respect de l'autre que je ne peux jamais posséder comme un objet. Au cœur de toute relation, toujours menacée de devenir possessive, elle offre une dimension de gratuité et de respect. Les relations chastes peuvent être source de fécondité sociale. »

Quand on voit comment les scandales d’abus sexuels ont ébranlé les chastes missionnaires du Vatican à travers le monde, jusqu’au tréfonds des entrailles de la Cité de Pierre où un lobby gay aurait pourchassé Benoît XVI...

Si on appelle à la chasteté de la part de l’Église, elle ne le fait pas pour ses ouailles qu’elle dresse comme une communauté contre la République. Ce sont les mots du nouveau Pape qui appelle à la « communauté du Oui », et le même évêque Brunin appelle au renforcement de « cette communauté catholique dans le cadre de la Démocratie ». Et que restera-t-il de la Démocratie quand les citoyens ne seront plus citoyens mais membres d’une communauté ? Quelle est donc cette cinquième colonne qui n’a de cesse que de saper la République ?

Aujourd’hui, le mariage pour tous, demain, ce seront l’école et les entreprises, c’est ce qu’a déclaré la conférence des évêques de France après le vote sur le mariage.

Il nous faut donc revenir à la signification du 20 septembre.

La chute de Rome  était le triomphe de la démocratie dans toute l’Europe, pas celui des communautés. Bien mieux, Garibaldi, après avoir aidé les Français à repousser les Prussiens, est élu député à l’Assemblée Nationale. « Quand il s’y rend pour plaider la cause des mutilés, des veuves et des orphelins de son armée, à peine se lève-t-il pour demander la parole qu’un tumulte infernal s’élève des bancs des réactionnaires et l’empêche de parler. Il sort de la salle et au peuple qui l’acclame déclare qu’il sait faire la différence entre la France des curés et la France républicaine. »

Quelques mois après, le 8 mars 1871, à la Chambre des députés, Victor Hugo déclame : « De toutes les puissances européennes, aucune ne s’est levée pour défendre cette France qui, tant de fois, avait pris en main la cause de l’Europe, pas un roi, pas un État, personne ! [...] Un homme est intervenu, et cet homme est une puissance. [...] Il est le seul des généraux français qui ont lutté pour la France, le seul qui n'ait pas été vaincu. [...] Il y a trois semaines, vous avez refusé d'entendre Garibaldi. [...] Aujourd'hui vous refusez de m'entendre. Cela me suffit. Je donne ma démission. »

Il ne s’agit pas de dresser en ce 20 septembre, le Panthéon des hommes illustres. Ni ceux d’hier, ni ceux d’aujourd’hui. L’Europe des rois, des papes, des capitalistes entendent dresser les peuples les uns contre les autres, hier comme aujourd’hui. Les uns seraient responsables des fluctuations monétaires, de l’inflation, de la fermeture des usines, les autres seraient des voleurs, des profiteurs en puissance. Non l’étranger n’est pas l’ennemi ! Cessez de chasser les Garibaldi du pays, cessez de chasser les Hugo des écoles. Offrez leur un avenir décent, il y a dans nos écoles des milliers de penseurs, de scientifiques, de chercheurs qui se méconnaissent parce qu’il est plus pratique pour les besoins des marchés d’en faire des bandits, des miséreux, des sous-citoyens, des exclus.

Nous n’acceptons pas !

La Libre Pensée, en cette journée internationale, appelle toutes les femmes et les hommes de progrès qui entendent bâtir une société de justice et d’égalité à rejoindre ses rangs, à rejoindre l’Association Internationale de la Libre Pensée. Bien plus, elle appelle tous les citoyens à aider à sa construction, à financer ses activités. Nous ne dépendons que de nous-mêmes, de nos soutiens. Nos campagnes ne sont commanditées que par notre volonté d’émanciper les femmes et les hommes des entraves de la pensée unique, des tutelles sociales et économiques. Dans quelques semaines, une délégation française se rendra à Concepción au Chili, aider au financement c’est un pas de plus vers la construction de l’AILP. Et il n’y a pas de petit pas, il n’y a pas de petit financement.

Les combats de l’année passée augurent ceux de demain. Garibaldi l’étranger exclu de l’Assemblée nationale et demain, ici, en France, alors que s’ouvrent les municipales, le débat sur le vote des étrangers devra-t-il encore une fois de plus les exclure de la vie politique ?

Aujourd’hui encore, les voix de la Réaction s’élèvent contre le vote des étrangers. Résolument tournés vers le progrès, la Libre Pensée considère que tout individu qui s’acquitte de l’impôt, qui vit sur le territoire, travaille sur le territoire, participe d’une manière ou d’une autre à la construction de République une et indivisible, laïque, démocratique et sociale, doit pouvoir s’exprimer lors du suffrage universel, se présenter et se faire élire lors d’élections. C’est l’œuvre de Garibaldi, c’est l’œuvre de la Commune, c’est le salut commun.

Aujourd’hui encore, la question est prégnante, l’an passé les curés ont appelé à manifester contre les mariages pour tous. Demain, ils feront descendre leurs ouailles contre l’École républicaine, contre la liberté scientifique, contre la liberté de conscience, contre la République. Et c’est avec la même détermination qu’en 1904 que la Fédération Nationale de la Libre Pensée engage la bataille pour la reconnaissance totale de la Séparation des Églises et de l’État sur l’ensemble du territoire de la République afin de faire reculer la Réaction, le cléricalisme.

Il reste des portes Pia à abattre, des libertés à conquérir. En ce 20 septembre vive la Libre Pensée, vive l’Association Internationale de la Libre Pensée !

Ni Dieu, ni maître,

À bas la calotte, et vive la sociale !

 

Le 20 septembre 2013

Discours de David Gozlan lors de la journée internationale de la Libre Pensée

Rédigé par Libre Pensée 72

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